dimanche 5 février 2012

Mode: Mike Sylla, styliste touche-à-tout

janvier 2012
  • Réalisé à Paris

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A Paris, Mike Sylla est une institution —un pilier du XVIIe arrondissement, à deux rues de la place de Clichy. Son adresse, la boutique de mode et salon de thé Théranga, au 20 rue des Dames, est fréquentée par des publics très différents. On pouvait y croiser Katoucha Niane, le mannequin international qui fut, avant sa mort, l’égérie d’Yves Saint-Laurent. On y rencontre encore acteurs, musiciens, peintres, graphistes, amoureux du Sénégal ou fondus de slam, qui viennent assister, le vendredi, à des soirées slam justement ou de lectures de poésie.

On peut y essayer des blousons en cuir peints par des artistes différents, à la fois œuvres d’art et prêt-à-porter. Ou simplement passer un moment tranquille à boire un thé, en se glissant, sans jamais risquer de déranger, dans des conversations où tout le monde peut mettre son grain de sel, comme au Sénégal.

Chez Mike Sylla, c’est organique: l’amitié et l’ouverture viennent de son enfance à la Médina, un quartier aux rues quadrillées adossé au Plateau, le centre-ville de Dakar. Malick Sylla, de son vrai nom, est né dans une famille de bijoutiers. Il a souvent observé son père fondre de l’or et de l’argent dans sa forge, entouré de gens. Il est fasciné par la «transformation des couleurs» sur les métaux précieux.

Mais son rêve de gamin est ancré dans la religion musulmane, une dimension importante de sa personnalité. Il voudrait que «tout le monde puisse subvenir à ses besoins, dispose de l’eau et de l’électricité». Petit, il jouait à faire des canalisations sous terre, Rue 1, Angle 6. Dans sa rue habitaient le maire de Dakar et certaines des plus grandes familles de griots du Sénégal, le célèbre percussionniste Doudou Ndiaye Rose, mais aussi Balla Ndogo Mbaye et Malick Traoré, qui a retracé l’épopée de l’empire mandingue.

«Rien que dans ma rue, il y avait trois opéras», résume Mike Sylla. Il quitte Dakar à vingt ans et tombe amoureux du Paris de la fin des années 1980, avec ses nuits blanches et un certain esprit créatif. Il lance en 1992 sa griffe de pièces uniques: des peintures sur cuir et daim recyclés. Son nom, Baïfall Dream, est inspiré par les Baye Fall, qui forment une société à part dans la confrérie musulmane des mourides. Ces hommes aux cheveux longs, qui pratiquent la mendicité et se distinguent par leur esprit libertaire, portent des boubous en patchwork, des petites pièces carrées de toutes les couleurs.

Pas de la mode, de «l'art mobile»

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Pour Mike Sylla, «les blousons qui circulent dans la ville, c’est de l’art mobile». Les rédactrices de mode le repèrent vite. Mais quand la presse commence à parler de lui, il ne veut pas parler de mode.
«Qui dit mode dit démodé. Je ne suis pas allé là où ils m’attendaient. Je ne fais pas des chiffons mais des oeuvres.»

Il habille plusieurs artistes, parmi lesquels Princess Erika, MC Solaar, les Nubians et Carlos Santana. La chanteuse sénégalaise Coumba Gawlo Seck a notamment porté ses pièces dans un clip, Femme objet.

Deux jeunes filles blondes arrivent à l’improviste dans son «bar à palabre». Mike s’interrompt et leur souhaite la bienvenue: «Alors, on est amis sur Facebook, maintenant?» Avec les réseaux sociaux, il a le sentiment de faire mieux comprendre sa démarche, des messages qui lui paraissaient plus difficiles à faire passer avant l’arrivée d’Internet. Il a aussi lancé en 2007 un site, Wadeukeubi (les gens du pays, en wolof), qui fait de l’information à destination de la diaspora sénégalaise.

«Lancer des passerelles»

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Derrière son comptoir, Mike Sylla fait le thé à sa manière, mélangeant sirops, thé vert et menthe. Il observe, les antennes toujours déployées pour capter les énergies, les idées, les sources d’inspiration. Il a décliné sa griffe en plusieurs concepts, dont Baïfall Human Tribe, un collectif d’artistes de toutes les origines, en perpétuel mouvement. Beaucoup de jeunes talents gravitent autour de lui, les uns pour repeindre des vieux cuirs à leurs couleurs, les autres pour improviser de la musique, lors de ses défilés ou de ses opéras.

A ces occasions, le styliste engage des acteurs et non des mannequins. Il joue de la musique avec son propre instrument, la «koralyre», mélange de guitare, de kora, de cithare et de lyre. Adepte fervent du dialogue des cultures, Mike Sylla n’a pas pour objectif de faire des œuvres africaines, mais plutôt universelles.

«Ma toile, elle est là, explique-t-il en parlant de ses défilés. Le patchwork de Baïfall est là, chacun apporte son attitude, sa dégaine.»
Mike Sylla, qui s’est beaucoup investi dans le slam ces dernières années, continue d’égrener les concepts dans sa boutique, au fil des discussions avec ses amis ou les passants.

Parmi ses deux derniers spectacles figurent un hommage à Michael Jackson, le 30 avril dernier à l’espace Kiron. Une collection de blousons à l’effigie du roi de la pop. Et un défilé «Afrosapiens» au musée du Quai Branly le 29 mai, pour la clôture du festival L’Afrique dans tous les sens. Sa dernière idée fait la synthèse des mots «afro», «sape» et «homo sapiens».

Explication:
«Je veux travailler dans l’uni-totalité, lancer des passerelles et donner ce que l’Afrique a de meilleur, le partage.»

Rédacteur en chef: Firmin Koto Copyright © 2007-2011 100%Culture.


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