jeudi 26 janvier 2012

La femme dans le développement de l'Afrique


Surmonter les obstacles, pousser au progrès

Par Takyiwaa Manuh**

Les contributions fondamentales des Africaines dans leur foyer, dans les systèmes de production alimentaire et dans les économies nationales jouissent d'une reconnaissance croissante, à la fois en Afrique et de la part de la communauté internationale. Ceci, dans des proportions non négligeables, est dû aux efforts énergiques déployés par les femmes elles-mêmes pour s'organiser, formuler clairement leurs sujets de préoccupations et faire entendre leur voix. Au niveau populaire comme au niveau national, de nouvelles associations de femmes se sont constituées dans les années 90, tirant profit des nouvelles possibilités politiques qui s'offraient à elles de s'affirmer dans un rôle dirigeant. Elles font également pression pour que les possibilités offertes dans le secteur économique et social et la promotion des droits de la femme soient élargies. En même temps qu'elles améliorent leur propre position, elles renforcent la société africaine dans son ensemble tout en accentuant les perspectives plus larges de développement du continent.

Mais les Africaines continuent à faire face à d'énormes obstacles. La reconnaissance croissante de leurs contributions ne s'est pas traduite par une amélioration sensible de leur accès aux ressources ni par un accroissement de leur pouvoir décisionnel. Quant au dynamisme dont les femmes font preuve dans la vie économique, culturelle et sociale de leur communauté au moyen de leurs associations et de leurs réseaux informels, il n'a pas non plus été canalisé pour créer de nouveaux modèles de participation et de direction.


La reconstruction en Afrique du Sud : la contribution des femmes aux économies africaines est de mieux en mieux reconnue, mais il faut aux femmes davantage d'occasions pour intensifier leur rôle dirigeant.

Photo : PNUD / Peter Magubane

"L'Afrique a plus de chefs féminins qu'il ne lui en faut", note Mme Soukeyna Ndiaye Ba, Présidente de Femmes Entreprise Développement, organisation non gouvernementale (ONG) ayant son siège à Dakar. "Il ne leur manque que la formation et les moyens de s'épanouir". Ceci met en lumière la prochaine mesure qui s'impose pour la promotion de la femme en Afrique : renforcer leurs capacités et leurs compétences et créer davantage d'occasions propices à l'intensification de leur rôle dirigeant.

Mais outre les défis politiques de cette nature, les conditions matérielles dans lesquelles la plupart des femmes vivent et travaillent continuent dans de nombreux pays à se détériorer pour des raisons de déclin économique et social, de guerres et de conflits et de propagation du sida. Les femmes constituent la majorité des pauvres et des analphabètes dans les régions urbaines aussi bien que rurales de l'Afrique, et de nombreuses jeunes femmes entre l'âge de 15 et de 25 ans ont été forcées au travail sexuel et courent le risque d'être contaminées par le VIH/sida.

C'est dans ce contexte que plus de 3 000 femmes ont convergé sur Dakar en 1994 pour participer à la Conférence préparatoire des femmes africaines. Leur participation avait pour but de formuler une position africaine pour la quatrième Conférence mondiale de la femme à Beijing. La Plate-forme africaine pour l'action qui en est résulté a identifié plusieurs priorités, dont la lutte contre la pauvreté croissante des Africaines; l'amélioration de leur accès à l'instruction et aux services de santé, avec un accent particulier sur la santé génésique; la question à aborder du lien entre les femmes et l'environnement; l'accroissement de la participation des femmes au processus de paix; la promotion des droits juridiques et des droits fondamentaux de la femme; la mise en lumière des préoccupations particulières à la fillette; et l'intégration des questions concernant les deux sexes dans l'élaboration des politiques de l'économie et du développement, en séparant par sexe les données disponibles. La conférence de Dakar prit également note de l'émergence en Afrique de nombreux groupes et ONG de femmes et de l'expression de plus en plus concrète de leur potentiel d'organisation.

La conférence de Beijing qui suivit en 1995 mit l'accent sur l'émancipation de la femme comme un des objectifs de développement centraux du 21e siècle. Elle adopta une Plate-forme d'action qui demandait que toutes les politiques et tous les programmes incorporent une démarche soucieuse d'équité entre les sexes dans leur conception, leur exécution et leur contrôle, y compris dans les programmes de développement. Elle mit les pays en demeure de concevoir leurs propres programmes et activités spécifiques en consultation avec les groupements féminins et d'autres ONG afin de mettre en oeuvre la Plate-forme d'action de Beijing.

Une enquête menée en mars 1997 par l'Organisation des femmes pour l'environnement et le développement a constaté que seuls 10 pays africains avaient élaboré des plans d'action. Un indice plus optimiste fut fourni en septembre 1997 lorsque les 14 dirigeants de la Communauté du développement de l'Afrique australe (SADC) signèrent une Déclaration concernant aussi bien les femmes que les hommes lors de leur réunion au Malawi. La Déclaration met les Etats membres en demeure d'abolir les inégalités entre les sexes dans la région, d'institutionnaliser une point de vue sexospécifique dans toutes les activités de la SADC, de créer un Conseil des ministres permanent chargé des affaires sexospécifiques, et de créer des points d'appui traitant de cette question au sein de toutes les unités de coordination sectorielles, ainsi qu'une unité séparée au sein du Secrétariat de la SADC.

En dépit de mesures positives de cette sorte, les autorités locales et les gouvernements n'ont pas fait montre de suffisamment de volonté politique ni d'un engagement soutenu à satisfaire les besoins et les intérêts des femmes. Alors que de nombreux pays ont ratifié des accords de l'ONU comme la ard des femmes, ces accords n'ont pas eu de répercusion sur les dirigeants et ne se sont pas traduits par une amélioration des conditions de vie et de travail de la femme. Le développement de l'Afrique s'en trouve freiné car les perspectives, les compétences et le dynamisme de la moitié de sa population sont tenus à l'écart. Sans un engagement significatif se traduisant par des changements de politique et l'affectation de ressources destinées à traiter des causes profondes de la condition des femmes, l'Afrique ne peut espérer un progrès décisif dans son développement et son renouveau.

Au sein de la communauté internationale du développement s'est produit un changement de cap; on est passé de la conception initiale des "femmes dans le développement" étroitement centrée sur le rôle productif des femmes, à une perspective plus large de "sexe et développement", qui tient compte de tous les aspects de la vie des femmes et cherche à donner aux préoccupations sexospécifiques une place centrale dans la politique du développement (voir encadré "Les femmes et le développement : un changement d'optique").

Des agences de l'ONU comme le Fonds de développement pour la femme (UNIFEM), l'Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) sont partisans de former les décideurs africains pouor qu'ils prennent conscience de ces questions. Ils offrent par ailleurs une aide technique et intègrent de fortes composantes sexospécifiques à leurs propres programmations et projets. Dans un même ordre d'idées, le Secrétariat du Commonwealth a commandé plusieurs études sur l'élaboration de politiques économiques et analyse l'efficacité des politiques gouvernementales et des services publics en tenant compte des sexospécifitiés. La Banque mondiale elle aussi souligne ce qu'il en coûte au développement de ne pas tenir compte de la femme et de lui refuser l'accès à des ressources clés, et prie instamment les pays d'élaborer des plans d'action sexospécifiques.

Toutefois, les contraintes économiques sévères auxquelles sont confrontés les pays africains tendent à miner ces nouvelles idées forces et ces démarches inédites. La pauvreté persistante de la majorité des pays africains, des termes de l'échange en déclin et le poids de la dette extérieure créent un environnement défavorable au développement. Des ressources limitées qui sont disponibles, il n'y en a que peu qui soient directement affectées aux femmes. De surcroît, les politiques d'ajustement structurel poursuivies pendant près de vingt ans par les gouvernements africains conjointement avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont eu des conséquences sexospécifiques importantes. Les politiques macroéconomiques des gouvernements ne se soucient pas d'équité entre les sexes et ignorent la structure des foyers d'Afrique et les relations sociales qui influencent le rôle des femmes dans la production.

1. Les Africaines dans leurs sociétés respectives

Formant la majorité des populations rurales et des populations citadines à revenu faible, les femmes accomplissent toutes les tâches domestiques, que beaucoup d'entre elles cumulent avec des activités agricoles et commerciales. Elles ont la charge des enfants et des personnes malades et âgées en plus de fonctions sociales essentielles au sein de leur communauté. Elles aspirent à une bonne gestion de l'environnement, bien que leur lutte pour la survie se solde souvent par des dommages écologiques du fait d'activités comme la collecte du bois de feu.

De nombreuses femmes de milieu rural et urbain appartiennent à des sociétés d'aide mutuelle pour femmes, des groupes confessionnels, des coopératives et des groupements de bienfaisance économiques. Certains de ces groupes permettent aux femmes de mettre leurs ressources en commun pour réduire leur charge de travail et investir dans des sociétés d'épargne ou des entreprises coopératives. Les sociétés coopératives ont fourni aux femmes un accès aux ressources, comme en témoignent les sociétés des minoteries de maïs au Cameroun, les associations des "Six S" au Burkina Faso et l'Union générale des coopératives au Mozambique, qui fournit à Maputo la plupart de ses fruits et de ses légumes. Au Bénin, 8 % seulement des femmes de milieu rural appartiennent à des coopératives dûment constituées, mais on estime que 90 % d'entre elles ont une participation dans des groupements d'épargne et de crédit traditionnels. Des associations de crédit tournantes parallèles au Ghana, en Tanzanie, en Gambie et au Zimbabwe ont été utilisées par les 25 % de femmes que l'on estime être économiquement actives dans le secteur parallèle non agricole pour fournir des investissements à des commerces et des exploitations agricoles et contribuer aux améliorations du domicile et au réglement des frais de scolarité.

Alors qu'aujourd'hui les femmes ont rarement le même accès aux ressources que les hommes, certaines ressources leur étaient accessibles dans le passé, et particulièrement la terre. Dans de nombreuses sociétés, les épouses n'étaient pas sous la dépendance économique totale de leur mari. Les femmes avaient leurs propres associations et chefs par catégorie d'âge et exerçaient un pouvoir dans des sphères considérées comme exclusivement féminines, ce qui leur garantissait une influence dans le processus politique et leur permettait de négocier avec les hommes. Par le rôle qu'elles jouent dans la naissance des enfants et par le soin qu'elles leur apportent, certaines femmes ont développé une connaissance exhaustive des herbes et du pouvoir curatif, ce qui leur donnait un rôle religieux important et leur permettait d'accéder à la notoriété et la reconnaissance publique.

Les pouvoirs des femmes et leurs sphères d'influence ont en grande partie disparu sous l'impact du colonialisme et des religions importées, qui ont bouleversé les économies existantes et la complémentarité sociale entre les sexes. De nouvelles lois "coutumières" sur le mariage, créées en réponse aux angoisses des hommes vis-à-vis de l'indépendance des femmes, transformèrent des relations précédemment coulantes et négociables en devoirs et obligations rigides des épouses et des femmes. Les femmes en vinrent à être considérées comme dépendantes des hommes au premier chef, et il leur devint superflu de planifier et assurer leur subsistance; elles devaient travailler dans les champs et au foyer pour produire de la nourriture et d'autres récoltes à l'intention de leurs hommes qui, eux, travaillaient à des activités visibles et documentées.

En dernier lieu, l'introduction de nouvelles formes de mariage qui accordaient à une minorité des droits de propriété et d'héritage renforcés ont accru le degré de dépendance de la majorité des femmes africaines vis-à-vis des hommes.

A l'origine, les femmes étaient partie prenante des promesses de l'indépendance et y ont vu des avantages : accès à l'éducation, emploi dans un secteur officiel, services de santé et profils nutritionnels. Leur espérance de vie à la naissance était passée de 37 à 50 ans à la fin des années 60. Mais des plans de développement continuaient à être formulés et appliqués sans compréhension adéquate de ce qu'apportaient les femmes aux économies africaines. Les femmes étaient également absentes de positions officielles de décision et de pouvoir.. Même dans des pays comme le Zimbabwe et la Guinée-Bissau où les femmes avaient participé à la lutte armée pour la libération nationale, elles ont eu tendance à être marginalisées et peu d'entre elles ont atteint des positions officielles de pouvoir ou gagné le droit à la terre et aux ressources en leurs noms propres.

Un dispensaire au Bénin : la mortalité liée à la maternité et la mortalité infantile en Afrique demeurent les plus élevées du monde.

Photo : UNICEF / Maggie Murray-Lee

Les causes de la détérioration

La vie des femmes dans la plupart des pays a été profondément touchée par trois évolutions principales depuis l'avènement du déclin économique et social des années 70 et 80.

Tout d'abord, les programmes d'ajustement structurel appliqués dans de nombreux pays africains depuis les années 80 ont mis l'accent sur la gestion de la demande, et des mesures centrées sur l'offre se sont axées sur une croissance et une efficacité appliquées à l'exportation, souvent au détriment du bien-être social. Ils ont également introduit la libéralisation des régimes commerciaux et du secteur financier, de même que la privatisation et la réduction du rôle de l'Etat dans la vie économique. A cause de leur rôle et de leur position spécifique dans la société, les femmes ont été parmi les plus touchées par les coupures budgétaires du secteur social, où des coûts substantiels ont été transférés de l'Etat au foyer. En conséquence, les femmes ont été forcées d'assumer la charge de plus en plus pesante de travaux non rémunérés et de s'occuper des malades, se procurer de la nourriture et assurer la survie de la famille.

Deuxièmement, le nombre de luttes et conflits civils a augmenté. La majorité du nombre, estimé à 8,1 millions, de réfugiés, personnes déplacées et personnes rapatriées après les conflits en 1997 était constituée de femmes et d'enfants. Les conflits ont accru la violence à l'encontre des femmes et fait empirer les conditions sociales et économiques auxquelles elles sont soumises.

Troisièmement, beaucoup de pays africains en sont aux prises avec la crise du sida, des taux de contamination du VIH en augmentation, et le coût en vies humaines de cette situation. Un peu plus de la moitié du nombre estimé de cas de VIH en Afrique (20 millions) est de sexe féminin. En Afrique, les rapports hétérosexuels sont la voie de contamination principale, ainsi que le placenta auquel une mère contaminée expose son enfant à naître. Les femmes et les filles sont particulièrement vulnérables à cause du peu de pouvoir qu'elles ont sur leur propre sexualité et leurs propres fonctions reproductrices.

Le mariage, le foyer et le bien-être de la femme

Environ 50 % des femmes africaines sont mariées lorsqu'elles atteignent l'âge de 18 ans, et un mariage sur trois est polygame. En 1995, on estimait les taux de fécondité moyens pour l'ensemble de l'Afrique à 5,7 enfants par femme bien que certains pays d'Afrique australe ainsi que le Kenya et Maurice aient commencé à enregistrer un déclin. Cette fertilité élevée a pour origine la valeur économique des enfants, une mortalité infantile élevée et un faible degré d'utilisation de contraceptifs. Le travail des enfants au foyer et à l'extérieur est capital, et il a augmenté avec la crise économique et les changements écologiques en cours. C'est également en tant que mères que les femmes peuvent assurer leur place dans le foyer conjugal et leurs prétentions aux biens de leurs maris.

Tout en étant mariées, les femmes peuvent toujours vivre avec leurs parents ou dans des unités conjugales domestiques. Les femmes sont les chefs de 31 % environ des foyers urbains et ruraux de toute l'Afrique, souvent sans résident masculin de ces foyers qui soit en situation de travailler.

Dans de nombreuses zones rurales, les femmes apportent la contribution d'un travail non rémunéré à la production agricole du foyer et passent jusqu'à 50 heures par semaine au travail domestique et à la production de nourriture de subsistance, et peu de leurs tâches sont partagées par leur conjoint ou leurs fils. Des études ont documenté qu'elles travaillent 12 à 13 heures de plus que les hommes par semaine, alors que les crises économiques et écologiques ont augmenté le volume horaire de travail des femmes les plus pauvres.

Dans certaines régions, les femmes peuvent avoir un accès séparé à la terre et travailler indépendamment dans des exploitations agricoles ou d'autres activités génératrices de revenus. Mais en général, elles ont moins d'occasions de gagner de l'argent. Elles combinent leur travail non rémunéré à une production indépendante destinée à répondre aux besoins de leur famille et à leur faire atteindre un certain degré d'autonomie et d'indépendance. Leur revenu est indispensable à la survie de la famille indépendamment de la présence des hommes, puisque le système d'affectation et de distribution en vigueur au sein de nombreux foyers africains impose habituellement aux hommes et aux femmes la responsabilité individuelle de faire face à leurs besoins personnels. On attend des femmes qu'elles génèrent activement les moyens financiers du défraiement de leurs dépenses quotidiennes et de celles de leurs enfants, mais elles peuvent aussi recevoir des prêts ou des avances de leur mari pour mettre sur pied de petites opérations d'échanges commerciaux.

Avec le déclin des économies nationales et locales, beaucoup d'hommes n'ont pas été en mesure ou ont refusé d'apporter leur quote-part aux dépenses du foyer. Ceci a fait monter la pression du foyer sur les femmes et a fait augmenter le nombre de femmes vivant dans la pauvreté.

Pour qu'il y ait amélioration du bien-être et de la production des femmes, les planificateurs et les agences de financement ont besoin de forcer la porte de ce qu'on a appelé la "boîte noire" du foyer, en prenant en compte les différences d'utilisation et de contrôle des ressources au sein même du foyer. Alors que les hommes peuvent fort bien contrôler davantage de ressources et avoir un revenu plus important, ceci ne se traduit pas par une amélioration du bien-être de la famille ou du foyer. En revanche, les revenus des femmes et leurs habitudes de dépenses sont de meilleurs indicateurs du bien-être des membres du foyer, puisque les femmes dépensent une proportion plus importante de leurs revenus accrus sur la nourriture, les médicaments et l'éducation de leurs enfants et des autres personnes à leur charge. L'amélioration du revenu des femmes devient à la fois une question d'équité et une condition requise pour la survie des enfants et leur bien-être.

II. La femme dans la vie économique

A. La pièce maîtresse de la production rurale

Les femmes fournissent l'épine dorsale de l'économie rurale dans une grande partie de l'Afrique subsaharienne. Environ 80 % de la main-d'uvre féminine économiquement active est employée dans l'agriculture, et les femmes constituent environ 47 % de la main-d'uvre agricole totale. La production vivrière est l'activité principale des femmes de milieu rural, et leurs responsabilités et leur force de travail dépassent souvent celles des hommes dans la plupart des régions d'Afrique. Les femmes fournissent également une grande partie de la main-d'uvre pour la culture par les hommes de denrées d'exportation dont elles ne bénéficient directement que très peu. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a constaté, dans une étude portant sur neuf pays africains en 1996, que la contribution des femmes à la production de cultures vivrières va de 30 % au Soudan à 80 % dans la République du Congo, et que pour d'autres pays les estimations tendent vers le haut de l'échelle. Les femmes sont responsables de 70 % de la production vivrière, 50 % du stockage de la nourriture, 100 % du traitement des aliments, 50 % de l'élevage et 60 % de la commercialisation des produits agricoles.

Les femmes ont également tiré profit de nouvelles occasions qui s'offraient à elles et se sont mises à produire des légumes pour les marchés urbains. Lorsque les pratiques sociales d'isolement de la femme les empêchent de travailler à l'extérieur du foyer, comme c'est le cas dans certaines régions du Nigéria et de l'Ethiopie, elles se livrent au traitement et au commerce des aliments avec l'aide de jeunes filles.

Les femmes ont tiré profit des percées technologiques dans le traitement des aliments, comme les machines à traiter le manioc, les fumeuses de poisson et les presses à huile. Les machines à traiter le manioc, introduites par l'Institut international d'agriculture tropicale (IIAT), ont réduit le temps du travail manuel grâce à un traitement plus efficace, ce qui a permis d'améliorer les revenus des femmes. Comme le dit le Dr. Lukas Brader, Directeur général de l'IIAT, "si l'Afrique doit développer un secteur agricole plus productif, plus durable et plus équitable, elle ne peut pas se permettre de négliger les femmes". Qui plus est, il ajoute que la question des contraintes auxquelles les femmes font face doit être abordée si l'agriculture est destinée à être le moteur de la croissance économique.

L'accès à la terre

La première de ces contraintes est l'accès à la terre. Dans toute l'Afrique, l'intensification agricole, l'accroissement de la population et le changement économique ont entraîné des recentrages fondamentaux, et on est passé de systèmes d'usufruit fondés sur la propriété commune à un contrôle des ressources plus centralisé. Les femmes et les pauvres ont en règle générale perdu au change. Un "rapport de synthèse" de la FAO sur neuf pays (le Bénin, le Burkina Faso, le Congo, le Maroc, la Mauritanie, la Namibie, le Soudan, la Tanzanie et le Zimbabwe) a indiqué que les femmes étaient rarement propriétaires de la terre et que quand elles l'étaient, leur patrimoine foncier tendait à être plus petit et moins fertile que celui des hommes.

Là où ont été introduit des plans de réforme foncière, ils ont souvent supplanté des systèmes complexes d'utilisation et d'usufruit de la terre dans lesquels les femmes avaient certaines prérogatives de droit commun et de pratique locale, sinon de législation. Les nouveaux titres fonciers ont généralement été enregistrés au nom d'un chef de famille mâle, sans tenir compte de la contribution économique que les femmes apportent au foyer, de leur droit coutumier ou du nombre croissant de foyers qu'elles dirigent.

Grâce aux activités de "femmes dans le développement" et des ONG, certaines femmes se sont vu octroyer de la terre pour cultiver des jardins communautaires dont elles tirent un revenu. Lorsqu'il est clair que ces jardins sont rémunérateurs, le droit d'accès continu des femmes devient vulnérable et sujet à empiètement par des propriétaires fonciers mâles. Dans certaines régions au nord du Ghana, on a enlevé aux femmes des terres qu'elles entrentenaient soigneusement. La faiblesse des revenus et l'accroissement des incertitudes ainsi que les risques que les femmes doivent confronter dans leurs activités productrices, forcent beaucoup d'entre elles à quitter le secteur de l'agriculture.

Main-d'oeuvre : le goulot d'étranglement

La main-d'oeuvre est également un goulot d'étranglement pour les agricultrices, étant donné que les hommes ont quitté les économies rurales en quête de moyens de subsistance plus viables et que les femmes n'ont plus accès dans les exploitations à une main-d'oeuvre masculine. Dans des pays comme le Lesotho, le Botswana et le Burkina Faso, la migration des adultes mâles hors de ce secteur est très élevée et influence pour ceux qui restent la division par sexe du travail. La seule manière pour la plupart des femmes d'améliorer leur rendement est de travailler encore plus dur et de recourir à des méthodes à coefficient de main-d'oeuvre plus élevé pour maintenir la régénération et la fertilité du sol.

Ainsi que le montrent les exemples fournis par les plans de développement du riz en Gambie, au Cameroun et au Nigéria, les femmes ont souvent marchandé avec les hommes pour obtenir davantage en échange de leur travail dans les rizières.

Le crédit et autres dotations

Les femmes doivent faire face à des problèmes d'accès à d'autres dotations, dont le crédit, la technologie, les services extérieurs et la formation et la commercialisation agricoles. De nombreuses associations de crédit et coopératives commercialisant les denrées d'exportation limitent dans beaucoup de pays leurs adhésions aux chefs de famille, et excluent ainsi la plupart des femmes, mariées ou non. Les banques exigent des garanties sous forme de propriété foncière et d'un agrément masculin avant de consentir des prêts aux femmes travailleurs, alors que les hommes ont bien souvent été réticents à soutenir les candidatures féminines. Les ressources et l'aide technique sont pour la plupart acheminées aux hommes qui cultivent des denrées d'exportation, et les semences et outils améliorés aux plus gros agriculteurs commerciaux, qui sont presque invariablement des hommes. En Afrique, 5 % seulement des ressources fournies par les services extérieurs sont à la disposition des femmes, "bien que, dans certains cas, particulièrement dans la production vivrière, les femmes ont assuré 80 % du travail. Parmi tous les agents de développement à l'oeuvre aujourd'hui en Afrique, 17 % seulement sont des femmes", note Mme Marie Randriamamonjy, directrice à la FAO du service des Femmes dans le développement.

Les femmes constituent l'épine dorsale de l'économie rurale africaine et sont responsables de 70 % de la production alimentaire.

Photo : Banque mondiale / Yosef Hadar

On ne peut assurer la sécurité alimentaire en Afrique sans l'amélioration de la situation des exploitantes agricoles. Les données relevées dans une enquête de la Banque mondiale au Kenya font apparaître que si les femmes disposaient des mêmes dotations en capital et des mêmes facteurs et ressources que les hommes, la valeur de leur rendement augmenterait de quelque 22 %. Compte tenu du rôle clé des femmes dans la production de vivres, si ces résultats relevés au Kenya sont homogènes dans l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, le simple fait de mettre la productivité des femmes au même niveau que celle des hommes ferait monter la production totale de 10 à 15 %.

Malheureusement, certains obstacles auxquels les exploitantes agricoles doivent faire face ont empiré du fait de l'impact des programmes d'ajustement structurel. A cause de l'accent particulier qui a été mis sur les denrées d'exportation, habituellement cultivées par les hommes, le commerce intérieur a eu tendance à rééquilibrer ses termes à l'encontre de la production alimentaire où prédominent les femmes. Peu d'exploitantes commercialisent leurs propres denrées en quantité suffisante pour tirer profit de prix plus élevés à la production, alors que l'augmentation des surfaces agraires consacrées aux denrées d'exportation et aux autres cultures marchandes a également renforcé la demande de main-d'oeuvre féminine.

B. L'emploi des femmes

L'analyse de l'emploi des femmes en Afrique est hypothéquée par des données non fiables ainsi que par des problèmes de définition de ce qui constitue une activité économique pour les femmes, surtout dans le secteur agricole et le secteur non structuré. Les crises économiques et le fossé existant entre la création d'emplois et l'augmentation du nombre de chercheurs d'emplois ont aggravé la situation de l'emploi, pour les femmes comme pour les hommes. Mais les femmes risquent une plus grande vulnérabilité sur le marché de l'emploi en raison de leur manque relatif d'instruction et de formation et du fardeau continuel du travail domestique non rémunéré, de la procréation et de la garde des enfants, qui limitent le temps et l'énergie disponibles pour les activités rémunératrices.

Le secteur structuré

Selon le PNUD, la probabilité qu'ont les femmes d'obtenir un emploi rémunéré est inférieure des deux tiers à celle des hommes, et sur les femmes qui constituent la main-d'oeuvre en Afrique subsaharienne 3 sur 10 seulement sont des employées rémunérées. En 1990, 5 % environ des salariées féminines travaillaient dans l'industrie, 20 % dans les services, 23 % à la vente et seulement 6 % dans des postes professionnels, techniques, administratifs ou de direction.

Les employées du secteur public comme du secteur privé ont des revenus stables bien que faibles. Elles ont également des horaires prévisibles, à la différence de celles qui sont établies à leur compte, dont la situation est plus précaire. En dépit des Conventions de l'Organisation internationale du travail (OIT) dont sont signataires de nombreux pays africains, il y a d'importantes disparités de revenus, et les femmes gagnent dans certains pays la moitié ou moins des revenus des hommes. De nombreuses femmes ne jouissent pas non plus dans la pratique des lois et politiques officielles qui garantissent la protection de la maternité ou un salaire égal pour un travail égal.

Les données provenant de l'OIT et d'autres sources semblent indiquer que le taux de participation des femmes dans le secteur structuré a chuté de 57 % en 1970 à 53 % en 1990, et 2,5 millions de femmes ont perdu leur travail entre 1985 et 1990. Au Bénin, pour ne citer qu'un exemple, les femmes constituaient 26 % de la main-d'uvre soumise aux coupures budgétaires, alors qu'elles ne représentaient que 6 % des employés du secteur structuré; les femmes avait eu une présence prépondérante dans les échelons inférieurs du secteur des services sociaux, victime des coupures les plus substantielles. Beaucoup de ces employées se sont recyclées dans le secteur non structuré.

Le secteur non structuré

Le secteur non structuré non agricole emploie environ 25 % de la main-d'oeuvre féminine, principalement dans le petit commerce et dans le traitement et la fabrication à domicile. Le surpeuplement et le manque d'eau et d'hygiène rendent l'environnement dangereux, à la fois pour les femmes et pour les enfants qu'elles doivent emmener avec elles au travail, aucun autre système de garde d'enfants n'étant disponible. Ces travailleuses ne bénéficient pas non plus de clauses portant sur le salaire minimum et la sécurité sociale, et doivent subvenir elles-mêmes aux besoins relatifs à leur santé et leur retraite. Beaucoup d'entre elles sont soumises au harcèlement et à l'exploitation d'autorités municipales.

Avec la compression des emplois du secteur structuré, le secteur parallèle est devenu un refuge pour les hommes comme pour les femmes en raison de la facilité avec laquelle on y entre et du faible capital requis. Pour la majorité des femmes, leur participation au secteur parallèle est une stratégie de survie car elles prennent en charge des aspects de l'entretien du foyer que les hommes ne peuvent plus se permettre, bien que la tendance soit à une compétition serrée avec les nouveaux arrivés sur cette scène, parmi lesquels les hommes qui ont perdu leur emploi ou sont dans l'impossibilité d'en obtenir un dans le secteur structuré. De nombreuses filles ont été retirées de l'école pour aider leur mère ou leur tutrice dans les activités du secteur parallèle.

Le secteur parallèle a démontré quelque dynamisme dans la création de nouveaux emplois. Au Zimbabwe, par exemple, on estime que la création d'emplois du secteur parallèle peut atteindre une moyenne de 25 000 à 35 000 par an. Ce secteur fournit également des liens précieux entre petits fabricants, favorise les processus de production à coefficient de main-d'oeuvre élevé et intègre les marchés locaux et régionaux. Les travailleuses du secteur parallèle ont édifié des associations pour protéger leurs intérêts et mobilisé des plans de crédit et d'épargne traditionnels pour offrir aux femmes des sources de capitaux. A Nairobi, Kisangani et Accra, des négociantes fortunées ont mis à contribution leurs profits pour construire des maisons à louer; quelques-unes sont passées dans le secteur moderne dans les domaines de l'importation, de la fabrication et du commerce.

III. Les femmes et les services sociaux

Classe d'alphabétisation de femmes au Mali : l'éducation des femmes fait progresser le développement.

Photo : UNICEF / Maggie Murray-Lee

A. L'éducation et la formation

Le manque d'accès à une éducation et une formation conventionnelles a été reconnu comme une entrave fondamentale à l'emploi et à la promotion des femmes dans la société. En Afrique, le taux d'analphabétisme des femmes dépassait 60 % en 1996, contre 41 % chez les hommes. Certains pays ont des taux extrêmement élevés : 91,1 % au Burkina Faso, 88,7 % en Sierra Leone, 82,1 % au Tchad et 86,6 % en Guinée. Les classes d'alphabétisation pour les femmes s'avèrent d'un impact limité, alors que les programmes liés à des activités génératrices de revenus ont été très fructueux.

Dans de nombreux pays africains, les parents préfèrent encore envoyer les garçons à l'école car ils ne voient que peu d'utilité à l'éducation des filles. En outre, des facteurs tels que les grossesses d'adolescentes, les mariages précoces et le fardeau de travail plus important dont se chargent les filles au foyer constitue des obstacles à leur scolarité.

Alors que la plupart des filles ne dépassent pas l'éducation primaire, cette réalité n'a pas servi de guide aux programmes scolaires, qui sont également imprégnés de partis pris quant aux sexes et dirigent les filles vers des emplois "féminins" stéréotypés d'enseignantes, d'infirmières et d'employées de bureaux. On trouve peu de femmes dans l'éducation scientifique ou technique, où elles pourraient acquérir de meilleures compétences pour obtenir des emplois mieux payés.

Il y a plus d'inscriptions nettes de filles aux niveaux primaires, mais des disparités subsistent en comparaison des inscriptions de garçons. Le nombre d'inscriptions de filles diminue au fur et à mesure que l'on monte dans l'échelle de l'éducation (voir tableau). Exceptionnellement, en Afrique australe, la migration des hommes hors du pays a conduit à un schéma différent de représentation des sexes dans le système éducatif. Le Lesotho en fournit le cas le plus frappant, avec plus de 75 % d'élèves de sexe féminin, même dans l'éducation supérieure.

Les perspectives d'amélioration de l'accès à l'éducation des femmes et des filles ont été sapées par la crise économique, les coupures budgétaires et le fardeau du service de la dette. La dépense par tête dans le secteur de l'éducation a décliné de 41 dollars en 1980 à 26 seulement en 1985, et était de 25 dollars en 1995. Par ailleurs, la proportion de l'aide étrangère affectée à l'éducation a décliné : de 17 % en 1975 elle est passée à 9,8 % en 1990, et légèrement remontée à 10,7 % en 1994.

Les réductions des dépenses publiques d'éducation ont freiné les taux d'inscription bruts, alors que les taux d'abandon scolaire pour les filles ont augmenté au fur et à mesure que leurs parents les retiraient du fait de nouveaux frais. En 1993, seules 40 % environ des filles d'âge scolaire étaient inscrites à l'école primaire ou secondaire.

L'enseignement montre un niveau analogue de participation féminine. En 1993, les femmes constituaient 30 % ou moins des enseignants du primaire dans 13 pays africains, alors que leur proportion dans les écoles secondaires restait à 33 % en Afrique subsaharienne entre 1985 et 1994. A l'exception des cours d'art ménager et de secrétariat, les femmes sont largement absentes des secteurs techniques, ce qui prive les filles des modèles sociaux dont elles ont besoin.

Des études ont démontré que l'éducation des femmes après l'école primaire conduisait à un pouvoir économique accru et au changement à long terme du statu quo. Une éducation dépassant les dix ans de scolarisation annonce également de manière fiable un taux de fécondité inférieur, une amélioration de la survie infantile, et une réduction de la mortalité liée à la maternité. Toutefois, la situation actuelle des économies et des politiques, combinée à des facteurs socio-culturels, menace toute promotion réelle dans l'éducation des femmes et des filles.

Il faut des programmes de formation pour aider les femmes à développer leur compétence technique, avance Mme Ba, de l'ONG Femmes Développement Entreprise, "pour leur permettre d'être mieux informées, de mieux s'infiltrer dans les structures politiques et économiques... et pour les aider à acquérir un maximum de compétence et de moyens".

B. La santé et l'hygiène

Pour les femmes aussi bien que pour les hommes, l'insuffisance d'eau potable, d'hygiène et d'élimination des déchets expose les populations aux maladies d'origine hydrique et à d'autres causées par l'environnement. Le paludisme et les maladies des poumons et autres maladies respiratoires continuent à faire de nombreuses victimes en Afrique.

Ces conditions sont potentialisées chez les femmes par certaines normes et pratiques religieuses peu utiles ou même dangereuses centrées sur leurs fonctions reproductrices et productrices, leur lourde charge de travail, des taux de naissances élevés et des facteurs socio-culturels qui restreignent leur alimentation. La mortalité maternelle et infantile demeure élevée. Dans beaucoup de pays, jusqu'à 40 % des femmes enceintes n'ont pas accès aux soins prénataux, et le pourcentage des naissances assistées par un personnel formé a décliné. Le Bénin, le Botswana, le Lesotho et la Mauritanie ont enregistré quelques améliorations à la suite de programmes de santé à l'intention de la mère et de l'enfant, alors que le Ghana a annoncé l'introduction prochaine de soins gratuits aux femmes enceintes pour essayer de réduire le taux de la mortalité maternelle (214 pour 100 000 naissances vivantes).

En 1994, le taux de mortalité infantile en Afrique était estimé à 92 pour 1 000. Du fait de la mortalité infantile élevée, de l'opposition des partenaires masculins et des facteurs religieux et culturels, le niveau d'usage des contraceptifs n'est que de 15 % environ.

La santé des femmes et des fillettes est également hypothéquée par la mutilation génitale féminine (MGF). On estime qu'environ 2 millions de filles sont soumises chaque année à cette pratique, avec plus de 80 % des femmes du Soudan, de Somalie, de Djibouti, d'Ethiopie et de Sierra Leone qui la subissent sous une forme ou sous une autre. Elle peut se solder par l'infertilité, l'incontinence, des rapports sexuels douloureux et des blocages dans l'accouchement, sans parler d'un traumatisme psychologique sévère. Des groupements comme l'Association pour le progrès et la défense des femmes au Mali et d'autres en Sierra Leone et au Niger mènent des campagnes intensives dans les villes et les villages contre la pratique de l'excision.

La fréquence du sida et son augmentation met elle aussi en lumière l'absence de pouvoir des femmes sur leur propre sexualité. Des recherches menées en Afrique occidentale et en Afrique centrale ont montré que pour des raisons culturelles et économiques, de nombreuses femmes se sentaient incapables de refuser les avances sexuelles de partenaires éventuels, même lorsqu'elles se savaient menacées de contamination. La pauvreté a poussé de jeunes femmes entre les âges de 15 et de 25 ans au travail sexuel, et de nombreux cas nouveaux provenant de ce groupe ont été signalés. En 1992, des taux de fréquence du VIH de 15 à 20 % étaient signalés chez les travailleuses sexuelles du Nigéria. A Abidjan, en Côte d'Ivoire, les taux étaient de 10 à 15 % chez les femmes qui fréquentaient les cliniques prénatales.

La contamination du VIH/sida est en essor chez les femmes en âge d'avoir des enfants, qui sont également vulnérables aux maladies sexuellement transmissibles. En Ouganda et en Zambie, l'espérance de vie moyenne des femmes aussi bien que des hommes a déjà décliné en raison de la maladie, et huit autres pays commencent à en voir des effets similaires. Les femmes et les filles doivent s'occuper des membres contaminés de la famille, des orphelins et des enfants abandonnés, alors même que les gouvernements ont réduit leurs dépenses dans le secteur de la santé.

Alors que les questions d'hygiène génésique sont importantes, il est également nécessaire de s'intéresser au bien-être général des femmes. Par exemple, l'infertilité est un problème dans certaines parties de l'Afrique orientale et de l'Afrique centrale, où l'on estime que 20 % des femmes entre 45 et 49 ans sont sans enfants. Un budget ménager insuffisant, la désertion et le divorce, le stress et les insécurités de la vie quotidienne menacent également la santé mentale des femmes.

Les questions du viol, de l'agression sexuelle et de la violence dans la famille commencent aussi à recevoir une attention méritée dans les discussions sur la santé de la femme. Entre autres groupes, Women in Law and development in Africa (WILDAF), qui dispose de chapitres en Ouganda, au Ghana, au Botswana, au Zimbabwe et en Afrique du Sud, consigne la fréquence de la violence à l'égard des femmes. En Namibie et en Afrique du Sud, des groupes de femmes s'organisent autour de la question du viol et exigent que ceux qui en sont coupables soient poursuivis avec toute la force de la loi. Elles ont demandé que soient prises des mesures à l'égard de l'insensibilité dont font souvent montre les forces de l'ordre, les ministères et les tribunaux dans leur manière de traiter des cas de viol et de violence dans la famille.

Dans les situations de conflits, les réfugiées et les femmes et filles déplacées subissent souvent des agressions sexuelles. Au Libéria et au Rwanda, le viol et la torture ont été utilisés comme des armes de guerre. Pendant la longue guerre du Mozambique, les femmes et les filles ont été soumises à une violence extrême, y compris l'exposition aux mines anti-personnel et le démembrement sévère qui en résultait. Certaines femmes dans les camps de réfugiés ont été forcées à la prostitution, alors que les conditions des camps et de leurs alentours ont contribué à la propagation du sida et de la tuberculose. En général, on n'a pas mis à leur disposition l'éducation sur la santé, le dépistage et le traitement des maladies sexuellement transmissibles, ni des services culturellement adaptés aux rescapées de viols et de tortures.

"Des femmes de tous âges peuvent être victimes de violence lors des conflits, mais les adolescentes y sont particulièrement exposées pour tout un ensemble de raisons, dont leur taille et leur vulnérabilité", a noté Mme Graça Machel du Mozambique dans son rapport de 1996 à l'Assemblée générale des Nations Unies intitulé L'impact des conflits armés sur les enfants. Elle a notamment recommandé que soient institués des systèmes clairs et accessibles pour rapporter les abus sexuels, que le viol soit puni, et que les camps de réfugiés et de personnes déplacées soient conçus de manière à en améliorer la sécurité pour les femmes et les filles.

Dans l'ensemble, il y a eu de lents progrès dans l'amélioration de la santé des femmes africaines. Les programmes destinés à favoriser la santé des mères au moyen de services d'assistance maternelle, de garde d'enfants et de planification familiale ont été sapés par des réductions des dépenses publiques dans le secteur de la santé, des pénuries de médicaments, la rareté du personnel médical et une infrastructure de la santé inadéquate. La détérioration des conditions écologiques et économiques, la réapparition de vieilles maladies (le pian, par exemple) et la fréquence croissante du sida pourraient renverser les gains modestes réalisés dans le secteur de la santé de la femme.

IV. Les droits juridiques et la participation politique des femmes

De nombreux gouvernements ont ratifié des conventions et des instruments juridiques internationaux sur les droits de la femme qui, toutefois, n'ont souvent pas été érigés en lois au niveau national. Qui plus est, de nombreuses femmes sont dans l'ignorance de l'existence de lois qui reconnaissent leurs droits et peuvent être invoquées pour leur protection. Divers systèmes de droit coutumier ont été utilisés pour traiter les femmes comme des mineures, et peu de femmes ont été en mesure d'hériter d'un patrimoine en leur nom propre ou d'avoir un accès égal aux postes et positions politiques. Les relations sociales et les processus en cours dans l'éducation renforcent cette situation; on inculque aux femmes l'idée de leur infériorité.

Les dirigeantes traditionnelles ne jouissent pas de la même reconnaissance que les chefs, qui ont été cooptés dans leurs sociétés pour accéder à de nouvelles positions de pouvoir. Au Ghana, des tentatives pour accepter les reines mères à la Chambre nationale des chefs ont été repoussées par des chefs puissants et leur alliés. Mais quelques femmes ont riposté. En Afrique du Sud, la première femme-chef zouloue de la province du KwaZulu/Natal a gagné le soutien de la Cour suprême lorsqu'un recours a été déposé contre sa nomination. "Elle nous a dit", a noté le juge par intérim Navanetham Pillay, "que dans la pratique africaine traditionnelle, les femmes gardaient les yeux baissés par modestie. C'était ce qu'elle faisait, alors qu'elle était le chef et que des hommes étaient au nombre de ses sujets. Un jour, elle les a regardés dans les yeux, et les choses sont allés de mieux en mieux"

Les pratiques et attitudes traditionnelles vis-à-vis des femmes se sont étendues dans la vie publique. Les femmes sont sous-représentées chez les hauts fonctionnaires et aux postes de décision du gouvernement, des forces armées, des banques centrales, des ministères des finances et de la planification, et des organisations régionales africaines.

La représentation féminine moyenne dans les parlements est inférieure à 8 % en Afrique, et sur les femmes qui s'y trouvent, beaucoup sont nommées et non élues. Ce n'est que dans deux pays, Seychelles et l'Afrique du Sud, que les femmes représentent plus de 25 % des membres élus du parlement ou du corps ministériel et se rapprochent ainsi du seuil minimum de 30 % recommandé par le PNUD dans son Rapport sur le développement humain de 1995 pour que les femmes accèdent au processus de décision. Bien qu'elles soient actives dans les affaires communautaires, les femmes ne sont pas non plus représentées de manière suffisante dans les structures régionales et locales, sauf là où des efforts ont été délibérément déployés pour leur garantir un quota, comme c'est le cas en Ouganda, au Ghana et en Namibie.

La représentation des femmes dans les systèmes judiciaires s'est améliorée avec l'augmentation du nombre de nouvelles femmes juristes, mais leur proportion tend encore à être basse. Au Kenya, les femmes représentaient en 1992 8,1 % des juges de la cour suprême et 23 % de la haute magistrature, alors qu'en Zambie, les femmes représentaient en 1993 11 % du secteur judiciaire et 20 % des magistrats. En Ouganda, les femmes constituaient 17 % des juges et 23 % de la haute magistrature en 1994. En dépit de la présence de quelques femmes dans les systèmes parlementaire et judiciaire, à des niveaux ministériels importants et à des postes de décision, leur nombre peu élevé entrave leur efficacité à inaugurer un changement pour les femmes.

Dans la fonction publique, la représentation des femmes aux plus hauts niveaux de la prise de décision était de 4,6 % au Kenya en 1992, 5,4 % au Swaziland en 1989, 4,6 % en Côte d'Ivoire en 1990, 12 % en Zambie en 1991 et 10 % au Sénégal en 1993. Par contraste, les femmes aux Seychelles représentaient en 1994 40 % des secrétaires, directeurs généraux et sous-directeurs principaux du service public, grâce à des stratégies d'action en faveur des femmes.

Un autre secteur important qui demande une présence féminine plus conséquente est celui des médias. Les femmes représentent environ 45 % des étudiants de troisième cycle en communications et documentation, et des données provenant de neuf pays d'Afrique australe font apparaître qu'elles représentent 27 % du personnel de radio/télédiffusion et de la presse. Compte tenu du rôle que jouent les médias pour influencer les opinions et attitudes du public, une participation accrue des femmes, combinée à une éducation plus sensibilisée aux questions sexospécifiques, peut déboucher sur une représentation plus positive des femmes, de leurs activités et de leurs capacités.

V. Comment les femmes ripostent

Depuis le début des années 90, de nombreuses associations de femmes ont été constituées ou revitalisées, et la qualité de leur travail s'est améliorée de manière significative. Ces groupes, qui opèrent à la fois au niveau populaire et au niveau national, ont tiré parti de nouvelles ouvertures politiques dans de nombreux pays pour soulever des questions sous un angle nouveau et constituer des alliances avec d'autres groupes de la société civile pour promouvoir les droits de la femme. Alors que beaucoup de ces associations reçoivent un financement extérieur, un certain nombre d'entre elles cherchent à mettre l'accent sur la responsabilité au niveau interne, sur l'élaboration d'un ordre du jour africain et le développement de leur potentiel d'organisation. Des programmes d'études sexospécifiques et d'autres sur les femmes africaines ont également été mis sur pied dans de nombreuses universités, à la fois dans l'enseignement et dans la recherche fondamentale et la recherche appliquée, afin d'améliorer la condition de la femme en Afrique.

Par opposition au "discours du développement" des années 70 et 80, les questions touchant actuellement les femmes sont discutées le plus souvent dans le cadre des droits qui sont les leurs. Les femmes sont entrées dans des débats et sont également entrées en action sur des préoccupations sexospécifiques autrefois perçues comme facteurs de division et donc impopulaires, telles que la violence à l'égard des femmes, le harcèlement sexuel, la mutilation génitale féminine et l'utilisation par les hommes de préservatifs, en plus de questions économiques, politiques, juridiques et culturelles.

Les femmes ont constitué des comités nationaux sur le sida, la santé et les pratiques traditionnelles néfastes telles que la mutilation génitale féminine et la violence dans la famille. Par exemple, l'Organisation de soutien contre le sida (TASO), constituée en Ouganda en 1987, a édifié un réseau d'éducateurs, de centres de conseils et de systèmes de soutien. Elle a mis sur pied des garderies, de la formation professionnelle et une éducation communautaire pour changer l'attitude des agents de la santé et des dirigeants de la communauté, et a insisté sur des pratiques sexuelles sans danger et sur l'utilisation de préservatifs chez les célibataires et les individus séropositifs.

Ont également émergé des organisations affiliées de femmes aux niveaux sous-régional et régional, qui ont identifié des secteurs clés pour l'action. On trouve au nombre de ces organisations le Réseau des femmes africaines pour le développement et la communication (FEMNET), l'Association des femmes africaines chefs d'entreprise, la Fédération des éducatrices africaines et WILDAF. Elles agissent en tant que groupes de pression, font entre elles du travail en réseau, constituent des alliances régionales et mondiales et visent à orienter les ressources et l'attention sur les femmes et les questions qui les préoccupent.

Women's World Banking et l'Association des femmes africaines chefs d'entreprise sont actives dans beaucoup de pays. Elles abordent la question du manque de crédit pour les femmes chefs d'entreprise en faisant office de garantes de prêts et en fournissant des fonds de contrepartie pour permettre aux femmes pauvres d'avoir plus aisément accès au crédit. Women's World Banking est partisan d'instituer une banque continentale pour les femmes.

La Fédération des éducatrices rassemble des ministres féminins chargés d'éducation, des chanceliers d'universités, des secrétaires permanents et d'autres femmes d'influence pour oeuvrer à l'amélioration de l'accès des filles à l'éducation en Afrique. Elle fait également pression pour que soient appliquées au niveau national les stratégies destinées aux éducateurs et aux décideurs contenues dans la Déclaration de Ouagadougou et dans le Programme de priorité africain de l'Unesco, qui demandent un consensus régional sur l'éducation des filles comme priorité du développement, élaborent les grandes lignes d'un cadre régional pour l'action afin d'améliorer les chances des filles dans l'éducation et cherchent à mobiliser de nouvelles ressources et de nouveaux partenaires pour soutenir ces objectifs.

Des groupes comme Emang Basadi au Botswana, le Forum pour les femmes et la démocratie en Ouganda, le Groupe de pression national des femmes de Zambie et la Coalition nationale des femmes d'Afrique du Sud ont tous provoqué des changements dans la participation politique des femmes et leurs droits dans leur pays. La Coalition nationale des femmes a élaboré une "Charte de la Femme" sur l'égalité des sexes qui a été inscrite à la nouvelle constitution sud-africaine. Le Comité politique des femmes d'Ouganda a développé des dialogues sexospécifiques comme outil de pression et travaillé avec d'autres groupes pour former une Commission d'égalité des chances et pousser à la mise en oeuvre de programmes d'action palliative. Ces groupes ont tenu des consultations avec d'autres groupes de femmes provenant du reste de l'Afrique pour partager leurs expériences, et les obstacles que les femmes confrontent dans la politique aussi bien que les stratégies à succès qui peuvent être reproduites.

Les femmes s'organisent également sur la question de la paix. Elles exigent des ressources et la reconnaissance légale de leur droit à reconstruire leur vie ainsi que leur participation à la construction de la paix, à la résolution de conflit et aux systèmes d'alerte avancée, invoquant à la fois leur rôle pacificateur traditionnel et leur droit à une participation égale. "Les femmes peuvent être des pacificatrices dans notre communauté, non pas en tenant un fusil mais en enseignant la paix", déclare Mme Rebecca Akwaci, l'une des organisatrices au Soudan de Voix des femmes pour la paix. "Nous pouvons nous tenir aux frontières et encourager la paix, et parler de réconciliation au lieu de vengeance".

Le Réseau de la Fédération des femmes africaines, qui regroupe des femmes du Rwanda, du Burundi, de la Somalie, de la Sierra Leone, du Libéria, du Mozambique, de l'Angola, du Soudan, de la Tanzanie, de la Zambie, du Congo, du Mali et de l'Afrique du Sud, souligne l'absence d'une dimension sociale dans les mécanismes de résolution des conflits, qui mettent actuellement davantage l'accent sur les aspects techniques que sur la consultation avec le peuple et l'action communautaire.

Ce sont ces organisations de femmes en plein essor qui essaient de forcer des changements à tous les niveaux dans la vie des femmes. Il faut que les gouvernements, les agences bilatérales et multilatérales et d'autres ONG coopèrent avec elles pour que se produisent des changements significatifs dans la vie des femmes elles-mêmes et dans la société dans son ensemble.

VI. La voie du progrès

Il est essentiel que les décideurs écoutent les femmes et travaillent avec elles pour améliorer leur position et accélérer ainsi le développement de l'Afrique. Une approche globale doit être adoptée par les gouvernements, conjointement avec les agences de développement et les femmes elles-mêmes, pour supprimer les contraintes sociales, économiques et juridiques qui affectent les femmes.

Des mesures régionales à l'image de celles qui ont été engagées par la SADC sont requises pour mettre en oeuvre la Position africaine commune pour la promotion de la femme et la Plate-forme d'action adoptée à Beijing. Des plans d'action nationaux doivent être conçus en consultation avec les groupes de femmes pour compléter les initiatives régionales. Celles-ci doivent toutefois disposer de suffisamment de capitaux et de personnel.

La Plate-forme d'action de Beijing a soulevé la question importante de l'égalité de responsabilité entre hommes et femmes pour que l'égalité des sexes devienne réalité. Non seulement les politiques macro-économiques des gouvernements devraient-elles incorporer des perspectives sexospécifiques dans leur conception, mais elles doivent également tenir compte des différences d'utilisation et de contrôle des ressources au sein même des foyers, et reconnaître que les améliorations de revenus des femmes favorisent aussi bien l'équité que le bien-être des enfants.

La plupart des programmes économiques africains tendent à passer sous silence l'économie non rémunérée où prédominent les femmes. Ils présument également qu'hommes et femmes ont la même réponse aux mesures incitatives, ignorant ainsi les relations de sexe et de pouvoir au sein des foyers et des communautés. Mais les préjugés et rigidités de nature sexospécifique peuvent profondément affecter l'accès des femmes aux ressources productives et aux marchés, et faire échouer les politiques de réforme économique. Il relève donc du bon sens économique de tenir compte des préjugés sexuels, d'adapter les interventions pour améliorer la capacité des femmes à tirer parti des mesures incitatives, et de renforcer ainsi l'efficacité économique générale.

L'accès aux ressources

Gouvernements et autorités locales doivent montrer leur engagement à libérer les femmes des entraves juridiques et des obstacles socio-culturels auxquels elles sont soumises, surtout dans les régions rurales où elles vivent et sont économiquement actives en majorité. Il faut lever les contraintes qui affectent l'accès des femmes à la terre, au crédit, aux services extérieurs, aux dotations et aux nouvelles technologies, et créer des occasions de stimuler leur désir d'entreprendre. Des mesures doivent être recherchées pour améliorer l'accès des femmes aux ressources par des réformes institutionnelles, et leur suivi doit être assuré dans un souci d'efficacité.

La réduction du temps de travail

Des technologies appropriées sont requises pour les tâches ménagères et le traitement, la conservation et le stockage de la nourriture. Il en va même pour les outils agricoles adaptés aux femmes, y compris un équipement de transport léger qui libèrera les femmes des fardeaux qu'elles transportent sur la tête. Elles ont également besoin que leur soit fournies de l'eau potable et des sources d'énergie sûres et peu onéreuses pour réduire la longueur de leur journée de travail et les libérer de pénibles corvées.

L'amélioration de l'éducation et de la santé

Les partis pris sexuels dans le système d'éducation, la formation et l'emploi doivent être attaqués de façon continue et cohérente pour que les femmes aient de nouvelles occasions de succès. Les programmes scolaires, quant à eux, doivent incorporer à tous les niveaux les concepts d'égalité entre les sexes et de paix, de manière à ce que les élèves les incorporent à tous les aspects de leur vie. Les jeunes femmes ont besoin de modèles sociaux qui les motivent, et on doit leur fournir une éducation pratique et des qualifications qui leur servent à jouer un rôle social significatif et les préservent de pratiques nuisibles qui hypothèquent leur santé et leur vie.

Il est clair qu'il existe des liens étroits entre la précarité du statut des femmes dans la santé, leur prédisposition au sida, des relations inter-sexuelles inéquitables, et la pauvreté des femmes et leur absence de pouvoir dans la société. Si on n'attaque pas directement toutes ces questions, les solutions médicales à elles seules ne peuvent avoir que peu d'effet. Pour citer le Dr Eka Esu Williams du Nigéria, "Pour permettre aux femmes de se protéger, trois questions sont en jeu : améliorer leur statut social et économique, leur fournir une méthode dont elles aient suffisamment le contrôle, ou convaincre davantage d'hommes d'avoir recours à des pratiques sexuelles non dangereuses. Ce n'est pas là un exercice académique qui consiste à établir un ordre de priorité, mais une question de vie ou de mort pour beaucoup de femmes".

Les femmes et leurs capacités de direction

En dernier lieu, les qualités de chef dont font preuve les femmes dans leur communauté, leurs groupes et leurs associations doivent être canalisées et formalisées pour leur donner un pouvoir politique et décisionnel. Le dévouement des femmes à leur foyer, à la sécurité alimentaire locale et nationale, à la production locale et à l'environnement devrait se refléter dans leur représentativité équitable dans tous les organismes qui prennent des décisions dans ces secteurs ainsi, de manière plus large, que dans les programmes économiques qui touchent la vie des femmes.

Les mécanismes d'application doivent canaliser l'énergie propre aux femmes au travers de leurs organisations. Des unités techniques devraient être instituées dans les départements et ministères gouvernementaux, de même que des banques de données et centres de ressources aux niveaux local, régional et national pour soutenir les mesures en faveur des femmes, avec un financement et un personnel appropriés. Il faut que l'on reconnaisse la viabilité des institutions de femmes et de leurs mécanismes décisionnels dans la communauté, sur les marchés et dans les milieux professionnels, et que l'on s'en serve pour accroître la participation des femmes et leur pouvoir de décision dans la société. "Si l'on veut développer l'Afrique", affirme Mme Soukeyna Ba du Sénégal, "il faut développer la capacité de direction des femmes africaines".

**Takyiwaa Manuh est doyenne chargée de recherches à l'Institut d'études africaines, à l'Université du Ghana, Legon.

http://www.un.org/french/ecosocdev/geninfo/afrec/docinfo/mainfr.htm

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