lundi 17 août 2015

La beauté des femmes kamit ( Africaine ) BEAUTÉ NOIRE TV

8 mars : neuf femmes qui font avancer l’Afrique

Elles sont connues ou inconnues. Elles sont Africaines et Le Monde a décidé de leur rendre hommage, à l’occasion de la journée de la femme, le 8 mars. Elles n’ont pas été choisies pour leur fortune, ni pour leur influence, mais parce qu’elles ont impressionné neuf des journalistes au Monde qui traitent de l’Afrique. Le choix a été subjectif, le résultat est large : photographe, banquière, soeur religieuse, agricultrice, actrice, geek ou ancienne couturière. Ce sont les femmes à qui nous tirons notre chapeau, celles qui sont en train de changer leur continent.
  • Lupita Nyong’o, une Kényane « universelle »L'actrice Lupita Nyongo à Hollywood, le 26 février 2015.



Comment ne pas être bouleversé par Lupita Nyong’o ? Bien sûr, l’actrice (et réalisatrice) kényane a crevé l’écran dans son rôle de Patsey, la jeune esclave martyrisée dans la plantation de 12 Years a Slave. Pour sa première apparition au cinéma, elle a été récompensée par un Oscar. Elle est aussi devenue célèbre du jour au lendemain. En partie en raison de son élégance, devenue emblématique, ou peut-être du fait que l’Oscar (du second rôle) était attribué à une actrice à la fois africaine et mondiale : née au Mexique, originaire du Kenya, suivant depuis deux ans des études d’art dramatique à Yale. Et c’est ainsi que Lupita Nyong’o est devenue une icône.
Elle semblait faite pour ça : incarner une femme universelle qui soit aussi une femme noire, à la beauté et la grâce si éclatantes qu’elles ont des vertus étonnantes. Comme celle de révéler d’autres femmes à elles-mêmes. Lupita Nyong’o n’a pas besoin de dire « Africa is beautiful » (l’Afrique est belle), elle en fait la démonstration à chaque instant. Un exemple ? Quelques semaines avant les Oscar, Lupita Nyong’o était invitée à la remise des prix décernés par le magazine Essence aux femmes noires d’Hollywood.
Pour son discours, elle a décidé de lire la lettre d’une toute jeune fille, qui lui avait écrit pour annoncer avoir renoncé aux crèmes éclaircissantes pour la peau, ayant compris en la regardant que oui, de toute évidence, on pouvait être noire et belle. Et merveilleusement bien dans sa peau. Cela s’appelle servir de modèle.
Et à cet égard, Lupita Nyong’o n’est pas seulement un beau visage avec de l’allure. En 2006, elle a réalisé In My Genes (Dans mes gènes), un documentaire sur les albinos au Kenya, qui s’interrogeait sur toutes les dimensions de la couleur de la peau. Sur l’affiche de son film, une question : à quoi ça ressemble d’être « blanc » dans une société « noire ». Le documentaire lui a permis de recevoir son premier prix, dans un festival au Mexique, le pays où elle est née.
Lupita Nyong’o fait remonter les ventes de Vogue quand elle apparaît en couverture, et elle est aussi le produit d’une histoire politique particulière. Son père, Anyang Nyong’o, est l’un de ces professeurs d’université, intellectuels un temps marxisants, qui se sont dressés contre le régime à parti unique de l’ex-président Daniel Arap Moi. Dans les années 1980, le Kenya est sous le coup de son pouvoir autoritaire. La contestation conduit aux mauvais traitements dans les cachots souterrains de Nyayo House. L’oncle de Lupita va « disparaître » pendant ces années sombres. Peter Anyang Nyong’o est arrêté sans cesse, malmené. Pour s’éloigner, il prend, comme Trosky, référence alors dans ce milieu intellectuel, la route du Mexique. Le professeur Nyong’o est embauché pour créer le département d’études africaines dans une université. C’est là que naîtra une fille, prénommée Lupita (diminutif de la sainte patronne du Mexique et une expression en kiluo, la langue de l’ethnie familiale), mais qu’on appelle chez elle Amondi (« née à l’aube »).
Au Kenya, les temps changent. Bientôt, les Nyong’o seront de retour. Peter prend part aux mouvements politiques qui vont permettre le retour au multipartisme. Longtemps opposant, puis ministre, sans jamais se départir de son éternelle allure d’intellectuel, sans jamais renier les valeurs morales tendance idéalistes qui ont fait sa « signature ». Aujourd’hui, il est sénateur de Kisumu (ville de l’ouest du Kenya), et n’a pas changé d’un iota.
Lupita Nyong’o est l’enfant de ce Kenya-là, ouvert sur le monde, prometteur en toutes choses. A Nairobi, elle a fréquenté les bonnes écoles, a développé très tôt un goût pour le théâtre et le cinéma. Dans les années 2000, elle se produisait au National Theater, dans le Roméo et Juliette de Shakespeare. Ce même Shakespeare dont leur père leur récitait des tirades entières quand il était au volant.
Jean-Philippe Remy
  • Le « féminisme participatif» de Souad Dibi




Souad Dibi, présidente  de l'association féminine El Khir, à Essaouira.

D’un pas lent mais assuré, Souad Dibi traverse la grande entrée du Palais des congrès de Genève, où elle est venue participer en ce mois de novembre 2014 à un forum mondial sur l’innovation. Le thème lui tient à cœur, car « de là où je viens, il faut inventer tout le temps, surmonter l’adversité et imaginer le futur en permanence ».
Souad Dibi vit depuis trente ans à Essaouira, une province du littoral atlantique marocain aux innombrables attraits touristiques. Mais, selon des indications de l’Initiative nationale pour le développement humain, la région connaît aussi un taux de pauvreté de plus de 30 % qui touche d’abord la jeunesse et les femmes. « Quand je vois des femmes dans la précarité, je suis écœurée car je me dis que c’est toute une société qui s’écroule. Alors, je cherche des solutions, j’innove », lance celle qui a créé en 1998 une association pour venir en aide à des femmes d’Essaouira abandonnées et sans ressources, aujourd’hui l’une des plus importantes de la localité.
Chaque année, son association El Khir (bienfaisance en arabe) accompagne en moyenne 120 femmes à retrouver une autonomie en les formant à des activités génératrices de revenus : cuisine, pâtisserie, services à la personne… Rien ne prédestinait cette ancienne couturière de 48 ans à se dévouer à la réinsertion socioprofessionnelle des femmes d‘Essaouira. « Si ce n’est [sa] révolte naturelle contre l’injustice et l’attentisme » qu’elle a ramenée d’Al Jadida, sa ville natale près de Casablanca, lorsqu’elle s’est mariée à un artisan menuisier de la côte marocaine.
« Beaucoup de femmes vivent des situations dramatiques au sein de leur famille : abandon, maltraitance, dépendance vis-à-vis de leur mari. Nous les aidons à comprendre que la meilleure façon de s’affirmer, c’est de parvenir à être autonomes », s’enflamme Souad Dibi qui ajoute ne pas être une militante féministe pour autant. Elle prône l’égalité entre les hommes et les femmes, mais pense qu’« il est important de respecter les traditions, car on ne peut pas faire ce qu’on veut ».
Le féminisme de Souad Dibi se veut « participatif » et non vindicatif ni revendicatif. Sa voix fluette et son ton calme contrastent avec son exaspération. « Nous faisons un travail que les pouvoirs publics devraient garantir à tous les citoyens, surtout dans les zones rurales », déplore la militante associative pour qui « le féminisme consiste d’abord à répondre à des besoins concrets ».
Raoul Mbog
  • Hela Cheikhrouhou, banquière du climat




Hela Cheikhrouhou, directrice exécutive du Fonds vert pour le climat

Sa route était toute tracée dans l'univers doré des salles de marchés mais elle a choisi de laisser tomber les bonus de la Citibank pour « faire du développement » et donner du sens à une vie qu'elle ne voyait pas limitée à la recherche « de profits à court terme pour satisfaire l'appétit toujours plus grand des actionnaires ».
Lorsqu'on rencontre aujourd'hui la tunisienne Hela Cheikhrouhou, à la tête du tout nouveau Fonds vert pour le climat, on a du mal à imaginer que cette femme fluette et réservée, d'une petite quarantaine d'années, a régné sur des bataillons de golden boys en Tunisie et au Maroc. C'était une autre vie.
Désormais, ses « clients » sont des pays et son job n'est pas de leur apporter un rendement à trois mois mais de leur donner accès à des financements qu'aucune autre institution n'est en mesure de leur fournir pour s'adapter au changement climatique. Promis aux pays en développement au lendemain de la conférence sur le climat en 2009 à Copenhague, il aura fallu cinq ans pour que le Fonds vert voit le jour. Tout reste maintenant à faire.
Installée en Corée du sud avec une équipe d'une cinquantaine de personnes, la banquière sait que les projets qu'elle sera en mesure – ou pas – d'aligner d'ici la fin de l'année seront déterminants pour conforter le processus de négociations internationales qui doit aboutir à la signature du premier accord mondial sur le climat en décembre à Paris. Avec ses limiers, elle parcourt le monde pour convaincre les gouvernements d'investir dans la protection du climat et identifier les projets qui feront la différence pour faire dévier de sa course la courbe mondiale des températures.
En février, à l'invitation de l'envoyé spécial pour la protection de la planète, Nicolas Hulot, elle a rejoint François Hollande aux Philippines. Dans quelques semaines, elle sera au Mali pour expliquer aux gouvernements africains comment ils peuvent être les premiers à tirer partie du Fonds vert. Et ils auront toute raison de la croire. Avant d'être choisie à ce poste et en partie pour cela, elle a réussi lors des sept années passées à la Banque africaine de développement à mettre sur pied les projets énergétiques les plus innovants comme le grand complexe de géothermie de Menengaï dans la vallée du Rift au Kenya.
« Femme, jeune et originaire d'un pays en développement. Sur le papier cela peut paraître glamour. Dans la réalité, c'est extrêmement dur ». La confidence ne vient pas d' Hela Cheikhrouhou, - trop fière de « servir sa cause »-, mais d'un de ses plus proches collaborateurs qui partage avec elle son exil coréen. Elle, préfère s'en tirer par une anecdote : « L'univers des traders dans lequel j'ai commencé à travailler est très masculin. Beaucoup se sont plus à me considérer comme un vase de porcelaine mais j'ai résisté ». A bon entendeur, salut.
Laurence Caramel
  • Juliana Rotich, la reine des geeks d’Afrique




Juliana Rotich lors d'une conférence TED Global en juin 2013 à  Edimbourg.

Elle est une fée d’Afrique qui œuvre à changer le continent de sa baguette technologique. La Kényane Juliana Rotich se montre là où il faut être. On peut certes la croiser dans les prestigieuses conférences innovantes TED, au Forum économique de Davos, ou au MIT Media Lab, mais aussi à Kibera, l’un des plus grands bidonvilles d’Afrique, au sud de Nairobi. Mais c’est bien sûr le Web, où sont retransmises ses conférences vues par des millions d’internautes, que Juliana Rotich se révèle. Cette accorte de 37 ans en est persuadée : « Les nouvelles technologies jouent un rôle crucial dans le développement du continent ». La brillante informaticienne née dans un village de la vallée du Rift et formée à l’université du Missouri, aux Etats-Unis, le répète tel un mantra.
Juliana Rotich et ses amis kényans, blogueurs et informaticiens de talent, ont fait montre de leur capacité à agir dans le monde virtuel pour transformer le réel. Ensemble, ils avaient créé, dans l’urgence des violences postélectorales de 2007, le premier logiciel open-source « made in Africa », Ushahidi, pour cartographier les dégâts et les témoignages. De quoi attirer l’attention des fondations philanthropiques américaines et des mastodontes de la Silicon Valley qui lorgnent sur l’Afrique, terre numérique presque vierge et marché prometteur.
Sous l’impulsion de Juliana Rotich et ses amis, Nairobi se mue en capitale technologique d’Afrique adoubée par le patron de Google, Eric Schmidt. Un lieu cristallise cette tendance : iHub, espace communautaire ouvert et moderne fondé en 2010 par son ami blogueur Erik Hersman. Juliana Rotich fait fonction de conseillère de ce laboratoire design et branché au service des start-up. « L’Afrique est en passe de dépasser son problème géographique, se connecte au reste du monde et à elle-même », aime à dire Juliana Rotich.
Avec Erik Hersman, elle pense un autre projet, un autre défi sur lequel planchent aussi Facebook, Google et autres : augmenter l’accès à Internet et connecter non pas seulement les capitales mais aussi les contrées reculées. Depuis iHub à Nairobi, Juliana Rotich a élaboré BRCK, un petit boîtier permettant de se connecter au Wifi même lorsqu’il n’y a pas d’électricité. Une perle d’innovation mise sur le marché l’été dernier. « Ce qui fonctionne en Afrique peut fonctionner partout dans le monde », lâche cette entrepreneure dont les projets valorisent une innovation africaine à l’échelle globale.
Joan Tilouine
  • Patrima, chanteuse équato-guinéenne contre la polygamie




La chanteuse équato-guinéenne Patrima combat la polygamie à travers ses chansons.

Elle aime déambuler dans Bata, capitale économique de la Guinée équatoriale, avec des airs de musique plein la tête et ce sourire qui ne la quitte jamais. Patrima, 37 ans, est l’une des chanteuses les plus célèbres de Guinée équatoriale. Son style, c’est le machacando, une musique traditionnelle qui a fait le tour du monde grâce au chanteur équato-guinéen Maélé.
Si les rythmes des chansons de Patrima sont joyeux et entraînant, ses paroles peuvent être graves. « Dans mes textes, je défends la cause des femmes, assure-t-elle. En Afrique, elles n’ont souvent pas les mêmes droits que les hommes et sont parfois victimes de violences conjugales… Rien, absolument rien, ne peut justifier le fait qu’un homme lève sa main sur une femme ! » Ici comme ailleurs, ce sont des choses qui restent généralement confinées dans le couple. Elle, elle les raconte sans tabou dans ses chansons et tente de faire passer ses messages.
Elle dénonce notamment les ravages de la polygamie : « Elle fait naître de la jalousie entre les femmes et donc des tensions qui peuvent être graves. Il faut comprendre que, même si plusieurs femmes partagent le même mari, une seule est considérée comme l’officielle… »
La chanteuse espère réveiller les consciences féminines et inciter les Africaines à prendre leur destin en main « pour qu’elles apprennent à s’assumer, à se défendre et à s’émanciper. »
Dans son premier album, une chanson intitulée « Lo siento » (Désolée, en espagnol) raconte l’histoire d’une épouse qui décide de se venger de son mari, parce qu’il la méprise. Alors elle l’ignore à son tour, ainsi que toute sa famille, en lui disant : « Je suis désolée mais je fais comme bon me semble… »
L’autre combat de Patrima est celui de la défense de la musique traditionnelle. Elle aimerait que les jeunes musiciens africains retournent à leurs origines et cessent d’être influencés par « tous ces clips américains, où le chanteur jette des billets de banque dans une piscine ou un jacuzzi sur des filles en bikini en train de se trémousser. » Un autre combat qui prendra du temps.
Pierre Lepidi
  • Marie-Thérèse pour les orphelins du Congo




Maman Marie-Thérese et ses enfants à Brazzaville.

Pour Marie-Thérèse, 63 ans, offrir sa vie à Dieu ne suffisait pas. En 1987, alors qu’elle avait déjà passé la moitié de sa vie au couvent de Brazzaville et qu’elle visitait comme chaque jour les prisons de la capitale congolaise, elle tomba sur Albert, un enfant de trois ans qui vivait avec sa mère incarcérée pour meurtre. Elle décida de se s’occuper de lui jusqu’à la sortie de prison de sa mère. Cela allait changer sa vie. Elle emporte Albert au couvent et passe de soeur à maman.
Les autre soeurs apprécient modérément. La présence de cet enfant, puis d’autres, bouleversent la vie monastique. Neuf ans plus tard, le 5 septembre 1998, elle quitte le monastère pour s’installer, avec « ses » enfants à la Maison de Nazareth, un petit horphelinat à Brazzaville. « Je ne voulais pas imposer ma vocation à d’autres religieuses. Moi, l’aventurière, je devais partir », dit-elle. Depuis, elle a accueilli plus de 200 enfants. Cinquante-trois en ce moment et dont s’occupent quatre « mamans » qui se relaient pour être présentes 24h/24.
Ces enfants sont abandonnés, handicapés, réfugiés en provenance du Rwanda ou encore des shegué (enfants de la rue, en lingala). Marie-Thérèse leur donne de l’amour, une famille, l’accès à l’éducation et de la force de préparer leur vie d’adulte. Ils restent jusqu’à leur 18 ans.
« Dans chacun de ces enfants, je vois Dieu, dit-elle. Et comme je ne peux pas rencontrer Dieu et lui dire combien je l’aime, je passe par eux ». Sa générosité, son courage, a ému de nombreuses personnalités en Europe. Une association, Badao, a été créée par le photographe Yann Arthus-Bertrand pour soutenir ses projets.
Diane Audrey Ngako
  • Feddy Tesha, productrice de lait, Tanzanie





Quand on contemple Feddy Tesha, petit bout de femme de 58 ans, dans les réunions officielles à Dar es Salam, dans les travées de sa ferme ou sur les routes de Tanzanie, qu'elle arpente sans cesse, on se pose deux questions. D'abord: quel ressort en elle lui a-t-il permis de développer une des principales exploitations laitières de son pays au lieu de rester petit paysan comme ses parents ou simple fonctionnaire comme ce que lui promettait son éducation modeste? Mais aussi: à quoi ressemblerait l'Afrique si tout le monde était comme elle?
Un jour, il y a dix-sept ans, Feddy a pris une vache à l'arrière de sa maison pour mieux nourrir ses quatre enfants. Les soins prodigués à l'animal lui on fait produire plus de lait que la moyenne (10 litres par jour). Elle a donc commencé à en vendre à ses collègues, fonctionnaires comme elle. Devant le succès de ses petites affaires, elle a pris une seconde vache, puis d'autres, a construit une étable, puis deux. Aujourd'hui, Feddy Tesha a 60 vaches, produisant plus de 1000 litres par jour, et son usine de traitement du lait reçoit la production de 135 petits producteurs, des femmes pour la plupart. Elle est présidente de l’association laitière de Tanzanie et sa société, Profate Investment Ltd, cherche 1,2 million de dollars pour développer une coopérative laitière dans le district de Mkuranga, au sud de Dar es Salam, où 624 petits producteurs sont prêts à livrer leur lait et où le gouvernement met 850 hectares à leur disposition. Elle a toutes les chances de trouver cet argent: des organisme locaux comme le Southern Agricultural Growth Corridor of Tanzania (Sagcot) ou internationaux comme l’initiative Grow Africa, issue du World Economic Forum, l’ont placée en orbite des projets pouvant intéresser les investisseurs internationaux, lesquels considèrent désormais que l’Afrique est une des destinations les plus rentables de la planète.
Feddy considère que son parcours n'a rien d'exceptionnel. Elle a juste bénéficié, quand elle n’avait que quelques vaches, d’un cours de trois semaines du gouvernement tanzanien qui lui a ouvert les yeux sur le marché laitier. Elle considère que des centaines de paysans peuvent, comme elle, « passer à l'échelle », c'est-à-dire de la survivance à la production de masse. La coopérative qu’elle prépare aura en son coeur une ferme modèle où seront dispensés des cours qu’elle énumère avec gourmandise: pratiques modernes de production laitière, architecture des fermes laitières, les soins vétérinaires, le stockage du foin et l’usage des silos à grain, la manipulation hygiénique du lait, le bio-gas et l’énergie solaire, la collecte des eaux pluviales, la préparation de pâturages résistant à la sécheresse et à haute valeur nutritive, l’insémination artificielle.
Une grande partie des membres de la future coopérative sont des femmes Massai qui, dans la culture de leur ethnie, sont en charge du lait. Leurs vaches produisent actuellement 3 litres par jour, mais leur potentiel est de 10 litres. « Pour cela, il faut soigner les animaux, bien organiser la ferme et surtout, un marché laitier qui achète toute la production. La demande de fromage, de yaourt et de lait pasteurisé est énorme, en Tanzanie ».
Feddy Tesha espère transformer la filière laitière de son pays. Entre temps, son succès a déjà transformé la vie de ses enfants. L’aînée est laborantine dans un hôpital. La seconde informaticienne. Le troisième fait un MBA dans une bonne école. Quant à son fils adoptif, le dernier, il a étudié la finance et travaille dans l’immobilier. Mais alors, qui va s’occuper des vaches? « Ne vous inquiétez ps, sourit Feddy. Il y a assez de paysans en Tanzanie ».
Serge Michel
  • Colette Kitoga, mère des veuves et des orphelins




Colette Kitoga entourée d'orphelins  et d'ex-enfants soldats dans le centre d'accueil de  Kasika. Une localité théâtre de massacres en 1998.

Quand on lui demande son âge, par coquetterie Colette Kitoga esquive la question. Elle finit par répondre « la soixantaine » d'une voix malicieuse. Seule certitude, elle a consacré plus de trente années de sa vie aux plus démunis.
C'est en 1996 que débute son engagement. Après vingt années passées en Europe où elle a étudié la médecine, la jeune femme rentre en République démocratique du Congo. La guerre éclate. Le sort dramatique des femmes et des orphelins la bouleverse. Son petit appartement de Bukavu se transforme en nurserie. « Beaucoup de mères mourraient en couche. Je me suis retrouvée avec quinze nouveaux nés sur les bras. Je n'avais même pas de lait à leur donner. Je les ai confiés à des familles ».
Grâce au bouche à oreille, le petit deux-pièces devient aussi un lieu de refuge pour enfants en cavale. Cinq mille en vingt ans. « Ils avaient assisté à l'assassinat de leurs parents et arrivaient traumatisés. C'étaient des témoins gênants. Il fallait les protéger ». Puis la situation s'aggrave avec l'afflux d'enfants soldats qui fuient les champs de bataille. « On les a cachés dans des familles d'accueil. C'était risqué car quand un enfant soldat était découvert, toute la famille était fusillée », raconte-t-elle.
Vient alors l'idée de créer le centre Mater Misericordiae à Bukavu dans l'est du pays, grâce aux dons de ses amis italiens rencontrés lors de ses études. Trois autres centres, co-gérés par des infirmiers et des psychothérapeutes. Tous bénévoles. Colette Kitoga devient alors « la maman des veuves et des orphelins » dans le Kivu. Une reconnaissance pour celle qui n'a pas fondé de famille. Sous ses yeux, enfants soldats et orphelins apprennent à vivre ensemble « comme des frères ». Pour les réhabiliter, l'école fait office de « psychothérapie ».
Les femmes aussi lui doivent leur renaissance. Dans cette région où le viol est utilisé comme arme de guerre, Colette Kitoga met les victimes à l'abri de la stigmatisation. « Dans nos centres, toutes les femmes, victimes de viol ou non, sont appelées veuves. C'est pour les protéger. Ce sont des veuves... avec des maris », explique-t-elle en souriant. Elles y reçoivent une écoute et des soins médicaux.
Une mission de salut public peu soutenue par les autorités congolaises qui « épuisent » les maigres finances des centres d'accueil, en prélevant l'impôt. Pour survivre, Colette Kitoga tente l'expérience de l'auto-financement grâce à l'élevage de poules et de cochons. Mais elle est, une nouvelle fois, confrontée aux réalités de la guerre. « Des militaires razziaient nos cultures et les animaux. On a dû abandonner », s'agace-t-elle.
Ce combat au quotidien altère sa santé mais sa vocation reste intacte. Partie à treize ans pour l'Italie dans les bagages d'une religieuse, elle a toujours nourri le rêve du retour. « Je viens d'une famille démunie. Enfant, j'ai vu ma petite sœur mourir de la rougeole. J'ai toujours voulu sauver des vies » conclut celle qui a reçu un prix Unicef en 2005. Pour le 8 mars, Colette Kitoga fait un vœu. Celui de voir plus de filles aller à l'école. Pour assurer sa relève.
Coumba Kane
  • Zanele Muholi, la voix et l’oeil des femmes noires homosexuelles




Zanele Muholi

Qui s’enquérit d’une photographe africaine contemporaine sur un moteur de recherche, verra sans nul doute le nom de Zanele Muholi s’imposer parmi les premières occurrences. A coup sûr, les adjectifs « sud-africaine », « noire » et « lesbienne », auront été plus ou moins judicieusement agencés dans les deux premières phrases des portraits consacrés.
Quadragénaire originaire du Kwazulu Natal, une province du littoral est de l’Afrique du Sud, Zanele Muholi s’est rendue célèbre ces dernières années pour son travail centré sur la vie des femmes homosexuelles noires de l’Afrique du sud post-apartheid. Un travail à travers lequel elle dénonce les violences dont celles-ci sont souvent victimes, et auquel il semble être devenu rare de ne pas se référer en évoquant le sujet.
La photographe fait aujourd’hui la fierté d’une sphère LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, intersexes) internationale et connaît une reconnaissance qui en dépasse largement le cadre. Ici, c’est la revue française Well Well Well, unique revue lesbienne en France, qui lui consacre plusieurs pages dès la sortie de son premier numéro. Là, la BBC britannique couronne l’un de ses clichés en le classant parmi « les plus beaux baisers de l’histoire de l’art ». Ailleurs, le New York Times célèbre la « principale chroniqueuse » de la vie des homosexuelles, « sur un continent où elles vivent menacées ». Un dernier constat particulièrement vrai en Afrique du sud. Si le pays fut l’un des premiers au monde a légaliser le marriage gay en 1996, les associations de défense des droits de l’homme y affichent d’effrayantes listes de meurtres et autres « corrective rapes », des viols censés « guérir » la victime de son homosexualité.
Zanele Muholi, qui déplore de son côté l’absence de médiatisation de l’homosexualité féminine - tout du moins sous un jour positif - a pourtant réussi à redresser la tendance. Sortie diplomée en 2002 du Market Photo Workshop, une école fondée par le célèbre photographe sud-africain David Goldblatt, elle a depuis créé sa propre organisation de soutien aux lesbiennes sud-africaines, lancé un média participatif en ligne dédié à la question, réalisé deux documentaires sur le sujet, exposé ses clichés aux quatre coins du monde, et à ce jour, la section « récompenses » de son CV compte déjà plus de dix lignes. Son calendrier 2015 est lui interminable. Un rapide coup d’oeil permet d’y relever les mots « Oslo », « Londres », « New York », « Venise », « Cape Town », ou « Buenos Aires ».
Marc Bettinelli

mardi 4 mars 2014

Centrafrique: la présidente plaide pour un "soutien massif"

mis à jour le 


La présidente de transition de la République centrafricaine, Catherine Samba-Panza, a averti lundi à Kinshasa que la stabilisation de son pays ne pourrait se faire dans les délais prévus sans un "soutien massif" de la communauté internationale.
"J'hérite d'un pays au bord du gouffre avec une insécurité généralisée, l'absence de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire national, une catastrophe humanitaire sans précédent", a déclaré Mme Samba-Panza lors d'un discours à l'ouverture du deuxième Forum mondial des femmes francophones, qui se tient lundi et mardi dans la capitale congolaise.
"Avec la détermination que j'ai face à ce défi, nous arriverons au bout de la transition que nous nous sommes fixés, cependant sans un soutien massif et un accompagnement de la communauté internationale [...] l'objectif de la stabilisation du pays et du retour à un ordre constitutionnel dans les délais requis ne pourra être atteint", a-t-elle ajouté.
Entrée en fonction en janvier 2014, Mme Samba-Panza a pour mission de ramener l'ordre dans son pays meurtri par plus d'un an de guerre civile et d'affrontements intercommunautaires afin d'y organiser des élections au plus tard au premier semestre 2015.
Evoquant modestement son accession à la tête de la Centrafrique, Mme Samba-Panza, seule femme présidente de la République de l'espace francophone, a estimé que celle-ci était "l'aboutissement de [son] engagement constant en faveur de l'égalité entre les hommes et les femmes".
"Seule la femme peut apporter la paix, la cohésion nationale et réunir ceux que la politique a séparés", a-t-elle ajouté, dans un tonnerre d'applaudissements.
Lancé à Paris en mars 2013, le Forum mondial des femmes francophones tient sa deuxième édition à Kinshasa autour du thème : "Les femmes actrices du développement".
Plusieurs centaines de femmes venues des tous les pays de la Francophonie y participent. Les débats doivent déboucher sur des recommandations devant être présentées au prochain sommet de la Francophonie prévu pour novembre à Dakar.
Les discussions de Kinshasa doivent notamment servir à affirmer et défendre le droit à la scolarisation des filles. 


La femme pour l’avenir de l’Afrique

RENCONTRE DE KINSHASA SUR L’EDUCATION DES FILLES
  La femme pour l’avenir de l’Afrique
Publié le lundi 3 mars 2014

« On ne naît pas femme, on le devient », disait Simone de Beauvoir. C’est dire combien l’éducation est déterminante dans la formation de la personnalité d’une femme, dans la détermination de sa condition sociale. C’est donc noble que les femmes francophones se soient réunies à Kinshasa autour de ce sujet combien capital de l’éducation de la fille. Cette initiative est à saluer à sa juste valeur en ce sens que l’éducation de celles qui, en termes purement numériques, représentent plus de la moitié de l’humanité, est indispensable.
La femme, tout autant, et peut-être mieux que l’homme, est capable de prouesses dans tous les domaines
Elle est indispensable pour des raisons évidentes d’équité et de justice sociale. La femme, pour diverses raisons et dans certaines sociétés, même occidentales, a, pendant longtemps, été considérée comme incapable d’accomplir certaines tâches ou d’assumer certains droits. Elle était reléguée aux travaux ménagers. Mais, la preuve par l’action de certaines femmes dans le monde, a achevé de convaincre bien des gens qu’il faut se débarrasser des clichés. La femme, tout autant, et peut-être mieux que l’homme, est capable de prouesses dans tous les domaines. On en a la preuve avec de nombreuses femmes leaders dans divers secteurs d’activités à travers le monde. De toute façon et c’est peu de le dire, les hommes ont, à quelques exceptions près, failli dans la conduite des affaires publiques un peu partout sur le continent. Il est probablement temps que les femmes relèvent le défi. Il faudra donc de plus en plus de femmes qui, à l’image de Hellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia, conduisent leur pays avec modestie, courage et dignité. Il en faudra certainement comme Cathérine Samba- Panza, présidente par intérim de la Centrafrique, pour préserver le peu d’unité du pays qui reste et recoller les morceaux là où la cupidité et la violence des hommes auront semé le chaos. Le monde a besoin de toutes ces femmes qui se battent, souvent dans le silence, pour faire triompher la paix. Ce n’est pas à dire que tout est parfait chez les femmes. Mais, elles montrent très souvent qu’elles sont plus sensibles à la honte, au déshonneur, que les hommes. Ce qui n’est pas sans intérêt dans un monde où ces valeurs se dérobent sous les pieds de bon nombre de nos dirigeants. La scolarisation massive des filles, qui devient de plus en plus une réalité sur le continent africain, devrait servir de limon à la prise de postes de responsabilités par les femmes à tous les niveaux de la vie socio-économique et politique. Dans bien des centres urbains, la prise de conscience, pour ce qui est des avantages de la scolarisation des filles, est réelle. Le retard dans les campagnes est certainement lié à une insuffisance de sensibilisation, et aux pesanteurs socioculturelles encore vivaces dans ces milieux. En effet, la scolarisation de la femme (encore considérée comme une « étrangère » dans certaines communautés africaines, une personne appelée à quitter ses parents pour une autre famille à son mariage), n’a pas toujours été une priorité pour les parents. Mais les choses sont en train de changer. Même dans les villages les plus reculés, l’instruction est devenue une valeur-clé et les parents veulent que tous leurs enfants soient au rendez-vous du savoir et qu’ils profitent, d’une manière ou d’une autre, de ses bienfaits. Ainsi, malgré les disparités, de plus en plus de parents, au fil des années, envoient leurs enfants, sans distinction de sexe, à l’école à l’effet de leur faire « apprendre à lier le bois au bois » selon la formule de la Grande Royale dans L’Aventure ambiguë de Cheick Amidou Kane.
Il faudra veiller à ce que les conclusions et recommandations de ces rencontres ne dorment pas dans les tiroirs
Les conditions de vie et de travail de la femme connaissent ainsi des améliorations. Pour promouvoir et renforcer cette tendance, il faudra éviter tout ce qui stigmatise la femme. Par exemple, les différents postes de promotion de la Femme en Afrique, ne doivent pas être perçus et traités comme des magistères pour femmes. Certes, qui mieux que la femme pour connaître et traiter les problèmes de la Femme ? Il peut s’avérer important que les femmes soient au premier plan dans ce genre d’institutions, elles qui connaissent bien les problèmes qu’elles vivent. Mais cela n’est pas vraiment une nécessité. Bien des femmes font leur travail avec dignité et exemplarité. Mais, très souvent, par égoïsme ou par naïveté, certaines femmes sont à l’origine des malheurs de la Femme. Parvenues aux fonctions d’où elles peuvent prendre des initiatives pour aider leurs sœurs, certaines femmes se transforment en véritables louves pour leurs sœurs et mères. C’est le cas de toutes celles qui ne pensent à leurs sœurs qu’en termes de « bétail électoral » qu’on mobilise à coups de « djanjoba » et de pagnes, qu’on gave de promesses sans lendemain. C’est également le cas de toutes ces femmes qui, par le truchement d’associations aux slogans pompeux, tirent malhonnêtement profit d’une prétendue lutte pour l’amélioration des conditions de vie des femmes, en détournant les fonds alloués par de généreux donateurs. Dans ce cas de figure et pour paraphraser Thomas Hobbes, on peut dire que « la femme est une louve pour la femme ». En tout cas, il n’est pas rare de voir, sous nos tropiques, des femmes s’entre-déchirer pour mieux se mettre au service des hommes. Il faudra donc que ce genre de rencontres qui donnent à la femme sa véritable place dans la société et où la réflexion est le maître-mot, se multiplient. Certes les « djandjoba » peuvent représenter pour toutes les femmes violentées, des occasions réelles de se défouler. Mais, seule la réflexion peut leur apporter des solutions durables. Il faudra ainsi veiller à ce que les conclusions et recommandations de ces rencontres ne dorment pas dans les tiroirs. C’est à ce prix que l’embellie en termes d’accès des filles aux infrastructures éducatives, à une éducation de qualité, pourra se poursuivre de façon satisfaisante. Ne dit-on pas, eu égard à tout ce que l’éducation de la femme peut avoir comme impact sur son entourage, qu’« éduquer une femme, c’est éduquer une nation » ? Il convient donc d’y travailler sans relâche. Car, la femme est l’avenir de l’Afrique, l’avenir du monde tout simplement.
« Le Pays »

États-Unis: Lupita Nyong’o: Première actrice noire de nationalité africaine à remporter un Oscar


Lupita Nyong'o remporte l'Oscar de la Meilleure Actrice de Soutien pour son premier long métrage, "12 Years A Slave"
Nyong'o, qui a joué le rôle de Patsey dans le film, a remercié son directeur, Steeve mcQueen, et l'équipe - ainsi que la femme qui a inspiré son personnage. "Je ne peux oublier un seul instant qu'il y a tant de joie dans ma vie parce qu'il y a eu tant de douleur dans celle de quelqu'un d'autre. Et je tiens à saluer l'esprit de Patsey", a déclaré une Nyong'o en larmes en recevant son prix. "Quand je pose mes yeux sur cette statue dorée, elle me rappelle à moi et à chaque petit enfant que peu importe où vous êtes, vos rêves sont valables" rapporte CTV News. Les autres nominées étaient Sally Hawkins, Jennifer Lawrence, Julia Roberts et June Squibb.
à gauche de haut en bas: Hattie McDaniel, Whoopi Goldberg, Halle Berry au centre: Lupite Nyong'o à droite de haut en bas: Jennifer Hudson, Mo'nique, Octavia Spencer
A gauche de haut en bas: Hattie McDaniel, Whoopi Goldberg, Halle Berry
au centre: Lupite Nyong'o (Photo: Just Jared)
à droite de haut en bas: Jennifer Hudson, Mo'nique, Octavia Spencer.
Le film «12 years A Slave» du britannique Steeve McQueen remporte l'Oscar du Meilleur Film devant les longs métrages «American Hustle», «Captain Phillips», «Dallas Buyers Club», «Gravity», «Her», «Nebraska», «Philomena» et «The Wolf of Wall Street».
C'est le premier film d'un réalisateur noir à obtenir la récompense suprême.
Seulement 6 femmes noires avaient gagné un oscar à ce jour. Lupita est donc la 7e sur la liste et la 1e femme noire de nationalité africaine (kényane), à remporter un Oscar.
«12 years a slave» le 1e film d'un réalisateur Noir à remporter la récompense suprême, L'Oscar du meilleur film.
«12 years a slave» le 1e film d'un réalisateur Noir à remporter la récompense suprême, L'Oscar du meilleur film.
Bref retour sur les Oscars remportés par des femmes noires avant Lupita Nyong'o.
5 oscars de la meilleure actrice de soutien:
- Hattie McDaniel, Première Artiste Noire à obtenir un Oscar, pour le rôle de "Mammy" dans le film "Gone with the Wind" en 1940,
- Whoopi Goldberg pour le rôle de "Oda May Brown" dans le film "Ghost" en 1990,
- Jennifer Hudson pour le le rôle de "Effie White" dans le film "Dreamgirls" en 2007,
- Mo'nique pour le rôle de "Mary Lee Johnston" (la mère de Precious) dans le film "Precious" en 2010,
- Octavia Spencer pour le rôle de '"Minny Jackson" dans le film "The Help" en 2012;
1 oscar de la meilleure actrice féminine:
Halle Berry pour le rôle de "Leticia Musgrove" dans le film "Monster's ball" en 2001.
Félicitations à Lupita Nyong’o, Steeve McQueen et toute l'équipe du film «12 Years a Slave» !!!
AfroConcept News

Lupita Nyong’o: « Je priais Dieu pour être plus claire de peau ».


Honorée lors de la soirée, Lupita Nyong’o (nominée aux Oscars) s’est exprimée devant un parterre d’invités comprenant entre autres Oprah Winfrey, Kerry Washington ou encore Angela Bassett.
Lupita Nyongo'o (a gauche : au Women In Film Pre-Oscar Cocktail Party et a droite au 7ème dîner annuel des « Femmes noires à Hollywood », organisé par le magazine afro-américain ESSENCE)
Lupita Nyongo'o (a gauche : au Women In Film Pre-Oscar Cocktail Party et a droite au 7ème dîner annuel des « Femmes noires à Hollywood », organisé par le magazine afro-américain ESSENCE)
Lors de son discours, l’actrice a évoqué la difficulté qu’elle a eu à accepter sa couleur de peau et comment elle en est arrivée à s’aimer telle qu’elle est aujourd’hui. Retrouvez plus bas l’extrait de son discours:
"Je voudrais profiter de cette opportunité pour parler de beauté, la beauté noire, la beauté foncée. J’ai reçu une lettre d’une fille et j’aimerais partager un extrait avec vous: « Chère Lupita, je pense que tu as vraiment beaucoup de chance d’être aussi noire et d’avoir du succès à Hollywood malgré tout en aussi peu de temps. Je m’apprêtais à acheter la crème éclaircissante « Whitenicious » (commercialisée par la chanteuse Dencia) pour m’éclaircir la peau, jusqu’à ce que tu apparaisses aux yeux du monde et m’en empêche. »
Mon coeur a saigné en lisant ces mots, je n’aurais jamais imaginé que mon premier boulot en sortant d’école serait aussi puissant qu’il ferait de moi l’incarnation de l’espoir, tout comme l’ont été les femmes de l’oeuvre « The Color Purple » pour moi.
Je me souviens de l’époque où moi aussi, je ne me sentais pas belle. Quand j’allumais la télévision, je ne voyais que des peaux pâles, on se moquait de moi parce que mon teint était aussi sombre que la nuit. Ma seule prière à Dieu, le faiseur de miracles, était que je me lève le matin avec une peau plus claire. Le lendemain matin, j’étais si pressée de voir ma nouvelle couleur de peau que je ne me regardais même pas avant de me retrouver devant un miroir. Et tous les jours, c’était la même déception: j’étais aussi sombre que le jour d’avant. J’ai essayé de négocier avec Dieu, je lui ai dit que j’arrêterais de voler les cubes en sucre la nuit s’il me donnait ce que je voulais, que j’écouterais tout ce que ma mère me dirait, que je ne perdrais plus jamais le pull de mon école s’il me rendait plus claire de peau. Mais je suppose que mes propositions n’impressionnaient pas vraiment Dieu parce qu’il ne m’a jamais écouté.
Quand je suis devenue adolescente, je me détestais encore plus, comme vous pouvez l’imaginer. Ma mère me rappelait souvent qu’elle me trouvait belle mais ça ne comptait pas, c’est ma mère, bien sûr qu’elle est censée me trouver belle. Et puis…. Alek Wek arriva.
Un mannequin qu’on célébrait, elle était aussi noire que la nuit, elle était sur tous les podiums et dans tous les magazines. Tout le monde parlait de sa beauté. Même Oprah Winfrey la trouvait belle et ça en faisait quelque chose de vrai. Je n’arrivais pas à croire que les gens trouvaient belle une femme qui me ressemblait autant. Le teint de ma peau avait toujours été un obstacle à surmonter et tout d’un coup, Oprah me disait que ça ne l’était pas. J’étais perplexe et je voulais m’y opposer car j’avais déjà commencé à profiter de la séduction qu’il y a dans l’inadéquation. Mais une fleur avait déjà commencé à grandir en moi depuis que j’avais vu Alek, elle était mon reflet et je ne pouvais pas le nier.
J’avais désormais du ressort, parce que je me sentais plus remarquée, plus appréciée par les lointains gardiens des portes de la beauté. Mais autour de moi, les choses n’avaient pas changé, je n’étais toujours pas belle. Et ma mère me répétait encore qu’on ne pouvait pas manger la beauté, que ce n’était pas quelque chose qui nous nourrit. Ces mots me dérangeaient, je ne les comprenais pas jusqu’à ce que je réalise que la beauté n’est pas quelque chose qui s’acquiert ou s’achète, c’est quelque chose qu’il faut juste être.
Et ce que ma mère voulait dire par « on ne mange pas la beauté » c’est qu’on ne peut pas dépendre de ce à quoi on ressemble pour exister. Ce qui est fondamentalement beau c’est la compassion pour soi-même et ceux qui vous entourent. Ce type de beauté enflamme votre coeur et enchante votre âme. C’est ce qui a créé tant d’ennuis entre Patsey* (personnage qu'elle incarne dans le film "12 year a slave") et son maître, mais c’est aussi ce qui a fait que son histoire soit encore connue jusqu’aujourd’hui. On se souvient de la beauté de son esprit même après que la beauté de son corps ait disparu.
J’espère donc que ma présence sur les écrans et dans les magazines puisse, chère jeune fille, te mener sur le même chemin. Que tu ressentiras l’acceptation de ta beauté extérieure mais aussi, que tu travailleras à être belle de l’intérieur.
Il n’y a aucune honte dans la beauté noire."
Source : fashizblack.com

vendredi 10 janvier 2014

Mariéme Jamme, tête pensante des nouvelles technologies en Afrique

Mariéme Jamme, une "activiste" des réseaux de solidarité et d’échange qui dépassent les frontières
Mariéme Jamme, une "activiste" des réseaux de solidarité et d’échange qui dépassent les frontières
Mariéme Jamme

Par Sabine Cessou
Chef d’entreprise et activiste, Mariéme Jamme se bat pour l’essor du continent africain grâce aux nouvelles technologies. Elle figure sur la liste 2013 des Young Leaders - « Jeunes dirigeants » - dressée par le Forum économique mondial. Elle avait été classée en 2012 par le magazine Forbes parmi les 20 jeunes femmes les plus influentes d’Afrique.

Née au Sénégal, diplômée en France et installée à Londres, Mariéme Jamme, à 39 ans, a déjà une longue carrière derrière elle. Issue d’une famille aisée, elle aurait pu se contenter du confort de la vie à Dakar. Mais elle part étudier en France et multiplie les petits boulots pour financer, en toute indépendance, son Master de marketing et communication. Une agence d’intérim, à Paris, jette son CV à la poubelle et lui conseille de faire… des ménages !
Elle décide alors d’améliorer son anglais à Londres, où elle trouve « le climat beaucoup moins raciste qu’en France ». Elle poursuit ses études avec un MBA à l’Université du Surrey. Embauchée sans difficulté par la Citibank puis par JP Morgan et Lloyds, elle devient manager chez les fabricants de logiciels Oracle et Microsoft. Elle prend la nationalité britannique et fonde à la naissance de son premier enfant la société Spot One Global Solutions. Sa vocation : aider des fabricants de logiciels à s’implanter en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Son bureau de consultants compte aujourd’hui 16 salariés, mais elle veut voir plus large et plus loin.
Penser l’avenir de l’Afrique

Les nouvelles technologies, elle en est convaincue, changent radicalement la donne en Afrique. « Avec le téléphone portable, explique-t-elle, on peut savoir où se trouve le bureau de vote le plus proche, organiser le travail dans les champs, anticiper sur la météo ». Pour discuter des impacts concrets des réseaux sociaux et d’Internet avec des experts et des entrepreneurs, elle fonde un think tank dénommé « iConscience ». Elle lance par ailleurs en 2008 une plateforme globale, Africa Gathering (Rassemblement Afrique), pour échanger sur le développement avec des gens qui partagent son point de vue, à la fois positif et critique. Son approche reste résolument pragmatique : « En Afrique, nous n’avons pas l’écosystème pour créer des entreprises, écrit-elle. Le manque de financements constitue un problème quasi-insurmontable. D’autant plus que les entrepreneurs ont besoin d’être encadrés de façon très suivie. Il est urgent d’équiper les jeunes Africains avec les outils qui leur permettent de créer de la richesse à partir de leurs idées ».

Plus que l’argent : le savoir et la stratégie
Mariéme Jamme fait partie des entrepreneurs sociaux qui instaurent en 2010 le prix annuelApps4Africa (A4A), soutenu par le Département d’Etat américain, pour récompenser jusqu’à hauteur de 10 000 dollars les concepteurs de logiciels et applications dédiés à l’essor du continent. Ce qui ne l’empêche pas de questionner l’utilité de ces prix, dans les colonnes du journal britannique The Guardian: « Les compétitions, écrit-elle, pourraient offrir beaucoup plus que de l’argent - du savoir et des guides stratégiques ». Elle s’inquiète de voir émerger quelques « poches » d’excellence dans une industrie des nouvelles technologies qui reste plombée par son contexte en Afrique. A commencer par un problème d’accès à l’éducation.
Elle se décrit comme une « activiste » et veut créer des réseaux de solidarité et d’échange qui dépassent les frontières. Non sans courage, elle place la question de l’éthique au cœur de son discours. Son site Internet recommande ainsi de « rester calme et se souvenir de Nelson Mandela ». Rien ne peut arrêter cette femme brillante, qui a une nouvelle idée à la minute. Elle participe ainsi au projet WeForest, qui vise à reboiser 20 000 km2 de terres sur la planète pour lutter contre la malnutrition et le réchauffement climatique. Elle a lancé le Jjiguene (« femme » en wolof) Tech Hub, un réseau qui aide les jeunes Sénégalaises à étudier les sciences, la technologie, l’ingénierie et les maths. Elle a rejoint en 2013 l’équipe de Microsoft dénommée 4Afrika, en tant que conseillère sur les projets de soutien à la création de start-up par de jeunes africains. Son parcours fait déjà d’elle un role model. Un exemple positif à suivre…