Un autre regard de la femme noir dans tous les aspects de la vie à travers les livres , les articles, les interview et les documentaires."La femme africaine n'est ni un reflet de l'homme ni une esclave. Elle n'éprouve aucun besoin d'imiter l'homme pour exprimer sa personnalité. C'est une civilisation originale qu'elle secrète par son travail. son génie propre, ses préoccupations, son langage et ses mœurs" Albertine Tshibilondi Ngoyi
vendredi 3 février 2012
SANTE-FEMMES: 50% d’avortements non médicalisés dans le monde
Mathilde Bagneres
NEW YORK, 23 janvier (IPS) - Selon une récente étude, la proportion d’avortements non médicalisés est passée de 44% en 1995 à environ 49% en 2009.
Publiée à Londres, l’étude intitulée « Induced Abortion : Incidence and Trends Worldwide from 1995 to 2008 » (L’avortement provoqué: incidence et tendances mondiales entre 1995 et 2008) et menée par le Guttmacher Institute en collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), montre que le taux mondial d’avortements, qui était de 28 pour 1.000 en 2008, est resté virtuellement inchangé depuis 2003.
Cependant, on a recensé 2,2 millions d’avortements supplémentaires en 2008 (43,8 millions) par rapport à 2003 (41,6 millions). Cette augmentation s’explique par la croissance de la population mondiale. Depuis 2003, le nombre d’avortements a diminué de 0,6 million dans les pays développés, mais il a augmenté de 2,8 millions dans les pays en voie de développement.
Selon un rapport de l’OMS datant de mars 2011, l’avortement non médicalisé est l’une des trois principales causes de mortalité, avec les hémorragies et les infections contractées durant l’accouchement.
« Le nombre d’avortements non médicalisés est passé de 19,7 millions en 2003 à 21,6 millions en 2008 », a déclaré à l’agence IPS le Dr. Iqbal Shah du Département Santé et recherche génésiques de l’OMS (Genève) et co-auteur de l’étude.
Selon lui, « à l’origine, ces chiffres ont grimpé à cause de l’absence de corrélation entre la croissance de la population de femmes en âge de procréer (15-44 ans), une augmentation de la prise de contraceptifs et un meilleur accès à l’avortement médicalisé ».
Il ajoute que « l’on peut affirmer avec certitude que le taux d’avortements non médicalisés, de 14 pour 1.000 femmes (14-44 ans), n’a pas diminué entre 2003 et 2008 ».
Les chercheurs ont découvert qu’environ 50% des avortements dans le monde relèvent de procédures non médicalisées et que la plupart d’entre eux sont pratiqués dans les pays en voie de développement. Ces avortements « clandestins » mettent en danger la santé et la vie de millions de femmes et d’adolescentes.
L’OMS définit l’avortement non médicalisé comme une interruption de grossesse pratiquée par un prestataire non qualifié et/ou dans des conditions sanitaires inappropriées.
Le Dr. Shah a également insisté sur le fait que la stagnation du taux d’avortements non médicalisés peut être expliquée par deux facteurs principaux : un taux de contraception qui reste faible et un accès encore difficile à l’avortement médicalisé.
L’étude indique néanmoins que certains pays tentent de s’attaquer à ce problème, notamment en Afrique australe et dans le centre et le sud de l’Asie.
Comme l’a expliqué à l’agence IPS le Dr. Gilda Sedgh du Guttmacher Institute, co-auteur de l’étude, « De tous les pays en voie de développement, c’est l’Afrique du Sud qui pratique les avortements les plus sûrs ».
« Après que la législation n’a été libéralisée en 1997, de nombreux prestataires ont été formés à pratiquer les avortements et des services d’avortements ont été mis en place au sein des infrastructures publiques. Entre 1994 et 2000, le nombre de décès dus aux avortements non médicalisés a chuté de 90% ». « Il est arrivé, entre 1995 et 2008, que le taux d’avortements en Afrique australe (région qui comprend en grande partie l’Afrique du Sud) passe de 19 à 15 avortements pour 1.000 femmes âgées de 15 à 44 ans», ajoute le Dr. Sedgh. "L’Afrique australe fait donc figure d’exception avec le taux d’avortements le plus faible du continent. En outre, c’est également dans cette région que le taux de contraception a augmenté le plus significativement, entre 1990 et 2009".
L’avortement reste un problème épineux et il est toujours illégal dans de nombreux pays en développement.
« Tant les partisans que les opposants à l’avortement sont en faveur d’une diminution du nombre d’avortements. Les parties prenantes dans ce débat pourraient aider à réduire le nombre d’avortements, qu’ils soient médicalisés ou non, en adoptant des mesures qui assurent au femmes l’accès aux services du planning familial afin qu’elle puissent éviter les grossesses non désirées ».
« Les études montrent que, pour être vraiment efficaces, ces services doivent non seulement fournir des contraceptifs, mais également des renseignements et des conseils afin d’aider les femmes à bien utiliser leur moyens de contraception », affirme également le Dr. Sedgh.
Interrogé sur l’impact d’un accès plus large aux contraceptifs sur la diminution du taux d’avortements, le Dr. Shah a déclaré « qu’un accès étendu aux moyens de contraception, et surtout aux méthodes modernes de contraception, est essentiel dans la diminution du taux d’avortements. Les pays dans lesquels on a recours aux méthodes de contraception modernes présentent des taux d’avortements des plus faibles ».
Il ajoute que « fournir aux plannings familiaux ces moyens de contraception modernes pour les femmes désirant arrêter d’avoir des enfants ou attendre avant d’en avoir peut réduire le taux d’avortements. Ces nouveaux contraceptifs peuvent également réduire de 90% le nombre de décès dus aux avortements non médicalisés ».
« Nos conclusions sur le taux d’avortements dans les sous régions ainsi que les estimations des Nations Unies sur les taux et les tendances de contraception sont autant de preuves selon lesquelles l’utilisation de contraceptifs est l’un des indices essentiels en ce qui concerne le taux d’avortements », a expliqué Sedgh à l’agence IPS. « Lorsque l’utilisation de contraceptifs est élevée, le taux d’avortement est faible ».
Dans leur rapport, les auteurs concluent que « les lois restrictives sur l’avortement ne sont pas associées à des taux plus faibles ».
« La mise en place de mesures en vue de réduire la fréquence des grossesses non désirées et des avortements non médicalisés, comprenant des investissements dans les services de planning familial et les soins d’avortement médicalisé sont des étapes cruciales pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement ».
Les Dr. Beverly Winikoff et Wendy R. Sheldon du Gynuity Health Projects de New York ont declaré : « L’étude démontre que c’est précisément dans les endroits où l’avortement est illégal qu’il doit être médicalisé. La communauté de santé publique ne sera pas en mesure de réduire le taux de mortalité et il est peu probable que nous atteignons les Objectifs du Millénaire pour le Développement tant que nous ne nous attaquerons pas sérieusement au problème de l’avortement non médicalisé ».
« Ces derniers chiffres sont très alarmants. Les progrès fait dans les années 1990 sont aujourd’hui en recul », a déploré lors d’un communiqué le Dr. Richard Horton, éditeur de la revue médicale britannique, The Lancet, qui a publié l’étude.
Il a ajouté qu'« il est urgent que tous les pays ainsi que les organisations spécialisées en matière de santé, telles que l’OMS, prennent les mesures nécessaires afin de réduire le nombre d’avortements ».
« La condamnation, la stigmatisation et la criminalisation de l’avortement sont autant de stratégies cruelles et inefficaces. Il est temps maintenant d’accueillir une démarche de santé publique qui mette un point d’honneur à diminuer la mortalité et qui entraîne dans son sillage des lois plus libérales sur l’avortement », conclut le spécialiste.
(FIN/IPS/2012)
MALAWI Les vendeurs de rue perdent les clients après avoir dénudé des femmes
Claire Ngozo
LILONGWE, 30 jan (IPS) - Une campagne visant à empêcher les gens d’acheter des produits auprès des vendeurs de rue s’intensifie à Lilongwe, Blantyre et Mzuzu, les principales villes du Malawi, après que les petits commerçants se sont livrés à des actes de violence, déshabillant des femmes et des filles portant un pantalon, des shorts longs et des mini-jupes.
Les vendeurs de rue occupent les trottoirs et les coins de rue dans les parties les plus fréquentées des grandes villes du pays. Ici, ils vendent tout, des vêtements aux articles électroniques en passant par la nourriture et l'épicerie.
Mais, lorsque les vendeurs de Lilongwe se sont livrés à de violentes manifestations il y a deux semaines pour protester contre leur expulsion forcée par le conseil municipal local, les choses ont pris une tournure pour le pire puisque les vendeurs ont commencé à enlever les vêtements des femmes et à les agresser physiquement.
Baptisée "lero nkugule, mawa undivule", en langue vernaculaire chichewa et traduite par "aujourd'hui j’achète chez vous, demain vous me déshabiller", cette campagne a été lancée le 18 janvier, au lendemain des agressions.
Des femmes activistes veulent utiliser la campagne pour donner aux vendeurs une leçon sur le respect des femmes, selon Seodi White, directrice exécutive de l'influente organisation de défense des droits des femmes, 'Women in Law in Southern Africa-Malawi' (Femmes dans le droit en Afrique australe-Malawi).
White a déclaré à IPS que l'appel à boycotter les vendeurs s’étend également aux hommes qui veulent aussi protester contre leur comportement.
"Nous voulons envoyer un message clair selon lequel nous ne voulons pas retourner au passé où nous n'avions pas la liberté de nous habiller", a indiqué White.
Le Malawi était sous une dictature jusqu'en 1994 lorsqu’il a adopté le gouvernement démocratique. Pendant ce temps, il était interdit aux femmes de porter des shorts, des mini-jupes et de pantalon. Mais, les vendeurs affirment aujourd’hui qu'ils veulent rétablir ce code vestimentaire et "ramener les femmes à la raison".
Récemment, les vendeurs de rue sont devenus une force puissante politiquement; en août 2011, le président du pays, Bingu wa Mutharika, leur a fourni une somme d'argent dont le montant n’a pas été révélé, à utiliser comme un fonds de crédit renouvelable.
Mutharika a également dîné avec quelque 2.000 vendeurs dans son somptueux palais, peu après les manifestations organisées à l’échelle nationale du 20 au 21 juillet contre la mauvaise gouvernance et la détérioration de la situation économique dans le pays. Jusqu'à 21 personnes ont été tuées par la police et 275 ont été arrêtées lors des manifestations et des pillages, auxquels les vendeurs avaient participé activement.
Lors du dîner, Mutharika a obtenu le soutien de ces commerçants et leur avait demandé de ne pas participer de nouveau à toute manifestation. Il avait promis qu'il ne les renverrait jamais des rues.
Mais le 5 janvier, la 'Lilongwe City Assembly' (Assemblée de la ville de Lilongwe), le conseil de la ville capitale, a tenté de renvoyer les vendeurs des rues pour les amener dans des zones indiquées existantes. Les commerçants se sont révoltés et ont accablé la police qui a tenté de réprimer le mouvement, qui a vu des entreprises fermer pendant une journée. L'armée du Malawi avait dû être appelée pour disperser les vendeurs qui sont retournés vendre dans les rues le lendemain.
Les tensions continuaient à monter et le 17 janvier, les vendeurs se sont retournés contre les femmes et les filles, affirmant que Mutharika les avait envoyés "dégager les rues des femmes habillées de manière peu convenable".
Joyce Ngwira, l'une des nombreuses femmes qui ont été déshabillées, alors qu'elle marchait dans la 'Lilongwe Old Town' (vieille ville de Lilongwe), a déclaré à IPS qu'elle est toujours traumatisée après l'épreuve.
"Je portais seulement mon décent pantalon quand j’ai vu un groupe de vendeurs sauter sur moi. Ils m'ont tirée dans différentes directions et ont déchiré mes vêtements. Il a fallu un groupe d'autres passants pour me sauver", a-t-elle expliqué.
Le comportement des vendeurs s’est rapidement propagé à Blantyre et Mzuzu, d'autres villes principales du pays. Depuis ce temps, beaucoup de femmes ont changé leur façon de s'habiller et ont commencé à porter des jupes et robes longues traditionnelles pour aller au travail et faire des emplettes.
Depuis le 18 janvier, des policiers armés patrouillent dans les rues pour protéger les femmes et les filles, et 15 personnes ont été arrêtées depuis, selon le porte-parole de la police, Dave Chingwalu.
"Les hommes surpris en train de causer des ennuis aux femmes ont été accusés de violences et de dommages causés avec intention de nuire", a indiqué Chingwalu. "Nous ne regarderons pas les bras croisés les femmes en train d’être harcelées; il y a la liberté de s'habiller dans ce pays et personne n'a le droit de dicter la façon dont les femmes doivent s'habiller".
Pendant ce temps, des femmes activistes et des défenseurs des droits humains ont tenu une réunion de protestation à Blantyre le 20 janvier, au cours de laquelle une section transversale de personnes, y compris la vice-présidente du pays, Joyce Banda, la ministre de la Promotion du Genre, Reen Kachere, et d'autres politiciens, rassemblés pour condamner le mauvais traitement infligé aux femmes par les vendeurs.
Lorsque les attaques ont commencé, Banda avait déclaré aux médias locaux que les frustrations économiques devraient être à la base du mauvais comportement des vendeurs. "Les gens souffrent tellement qu’ils ont décidé de déverser leurs frustrations sur les autres", a-t-elle affirmé.
Le Malawi continue de tituber sous de graves problèmes économiques après que ses principaux donateurs ont coupé l'aide accordée au pays l'année dernière.
Jusqu'à 40 pour cent du budget national du Malawi a été dépendant des donateurs et 80 pour cent du budget de développement du pays était fourni dans le cadre de l'Approche commune à l'appui budgétaire, qui comprend la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Banque africaine de développement, la Norvège, l'Union européenne et la Banque mondiale.
Les gouvernements britannique et allemand refusent déjà de décaisser jusqu'à 400 millions de dollars. (FIN/2012)
ANGOLA : Une loi sur les violences conjugales, une évolution des droits des femmes
Louise Redvers
JOHANNESBURG , 25 juil (IPS) - Grâce à une nouvelle loi sur les violences conjugales en Angola, les femmes maltraitées au foyer et qui dépendent financièrement de leurs agresseurs peuvent désormais dénoncer le crime avec l'assurance qu'elles pourront obtenir un appui financier et médical de l'Etat.
Les activistes des droits des femmes ont salué l'introduction de la nouvelle loi, qui a été inscrite dans le code des lois le 8 juillet, et qui criminalise les violences conjugales, offre une protection aux victimes et à leurs familles.
Jusque-là, les violences conjugales n'étaient pas illégales en Angola - et les rares occasions où elles ont été portées devant les tribunaux, elles ont été traitées conformément aux lois sur le viol, les coups et blessures.
Cette loi, qui a été inscrite dans le code des lois, garantit un appui aux victimes, à travers des maisons sécurisées, un traitement médical et une aide financière et juridique. En outre, ces violences ont été qualifiées de "crimes publics", ce qui signifie que n'importe qui peut les signaler à la police, pas seulement la victime.
"Accorder aux autres le droit de dénoncer les violences conjugales aide aussi, parce que les victimes peuvent avoir honte de leur situation et pourraient ne pas vouloir parler de ce qui leur arrive", a expliqué Suzana Mendes, éditrice de 'Angolense', un hebdomadaire privé basé à Luanda, et l’un des principaux membres du 'Angolan Forum of Women Journalists' (Forum angolais des femmes journalistes), qui a beaucoup fait pression pour la nouvelle loi.
Le fait que n'importe qui peut signaler les violences conjugales, et que les victimes bénéficieront d’un appui financier et médical, est crucial pour l'impact de la nouvelle loi, confie Mendes. Toutefois, aucun détail n'a été donné sur la somme d'argent qui sera mise à la disposition des victimes.
"Avec les violences conjugales, il y a tellement de facteurs que vous devez prendre en considération", a-t-elle expliqué.
"Pour beaucoup de victimes, elles sont piégées et incapables de signaler leurs problèmes parce qu'elles sont financièrement dépendantes de leur agresseur. Désormais, elles peuvent contacter la police et savent qu'elles ne seront pas laissées vulnérables", a déclaré Mendes.
Cette loi, en élaboration depuis 10 ans, articule de nouvelles définitions des violences conjugales, qui comprennent la privation d'un enfant de nourriture, l’incapacité à bien entretenir la femme enceinte et le fait d’avoir abusé sexuellement d'une mineure ou d’une personne âgée dont on a la charge.
"C'est une très bonne nouvelle. Nous avons passé plusieurs années à lutter pour cette loi et cela n'a pas été facile".
"Nous avions un gros travail pour prouver à la société que la loi était nécessaire, pour expliquer ce que signifiaient les violences conjugales. Au début, certaines personnes voyaient cette loi comme étant quelque chose qui était non-africain parce qu’elle interférait avec les familles, et d'autres la considéraient comme étant anti-hommes", a indiqué Mendes.
Les mariages traditionnels avec les filles de moins de 14 ans ont été également interdits et il existe de nouvelles lois sur les finances familiales, accordant aux femmes plus de droits à l'héritage et à l'argent de la famille.
Sizaltina Cutaia, du bureau de 'Open Society Initiative for Southern Africa' (Initiative d’une société ouverte pour l'Afrique australe), en Angola, a également salué cette loi.
Mais elle a dit que ce n'était pas garanti que les promesses faites dans la loi soient réalisées dans la pratique.
"En tant que pays en général, nous n'avons pas de très bons résultats en termes d'application des lois et il y a trop d'exemples pour prouver cela", a-t-elle déclaré à IPS.
"Je pense que l'adoption de la loi est un excellent point de départ, mais il faut que des ressources soient allouées pour fournir une formation aux policiers (hommes et femmes à la fois) ainsi que pour sensibiliser la population, en particulier les femmes et les filles, sur le contenu de la loi et le processus que l'on doit suivre pour dénoncer une violence".
Il n'existe pas de statistiques concrètes sur les niveaux des violences conjugales en Angola, en partie, parce que jusque-là, il n'existe aucune définition juridique, et tous les incidents qui sont signalés ont été enregistrés comme étant des agressions ordinaires.
Toutefois, dans une enquête réalisée en 2008 par 'Angolan Women's Organisation' (Organisation des femmes de l’Angola - OMA), l'aile des femmes du parti au pouvoir, le Mouvement populaire pour la libération de l'Angola, dans un seul district de Luanda, la capitale, les chercheurs ont dénombré environ 4.000 incidents pendant 12 mois – près de 10 attaques par jour.
Et une autre étude, citée dans le rapport 2009 du département d’Etat américain sur les droits de l'Homme en Angola, a indiqué que 62 pour cent des femmes vivant dans des banlieues pauvres de la capitale ont été victimes d’une certaine forme de violence conjugale.
Malgré ce taux d'incidence élevé perçu, il n'existe aucun réseau d’appui formel et seulement une poignée de maisons sécurisées gérées par l'OMA à Luanda. Peu de femmes ont pris la peine de dénoncer les violences conjugales parce qu’elles estimaient que les poursuites n’aboutiraient et ne feraient que compliquer les choses davantage.
Cutaia a admis que les violences conjugales étaient endémiques en Angola et espère que la nouvelle loi, appuyée par un programme d'éducation civique, commencerait à s'attaquer au problème.
"Lorsque je grandissais, les violences conjugales étaient partout autour de moi et je me souviens d'une voisine qui était très sévèrement battue et d’un homme debout à côté dire que parfois, les hommes frappent les femmes pour leur prouver qu'ils les aiment", se rappelait-elle. (FIN/2011)
court métrage | 2002 Madeleine Tchikaya (Vies de femmes) Cira Touré
Pays Concerné : Côte d'Ivoire
Réalisateur : Cira Touré
Production : African Queen Productions
Pays de production : Côte d'Ivoire
Durée : 26'
Genre : portrait
Type : série documentaire
Format de Distribution (Bétacam SP)
Portrait de Madeleine Tchikaya, première femme énarque de Côte d'Ivoire, diplomate et ex-PDG.La série Vies de femmes
Six portraits de femmes africaines qui se battent pour occuper le devant de la scène et participent à l'évolution de leur continent. Elles y expriment leurs combats, leurs ambitions, leurs espoirs et leurs visions du monde. Les femmes portraiturées sont Alizeta Ouédraogo (une des femmes d'affaires les plus prospères du Burkina Faso), la Malienne Fantani Touré (griotte, chanteuse traditionnelle), l'Ivoirienne Zamble Lou Irie (membre du conseil économique et social), Anna Maria Cabral (veuve d'Amilcar Cabral et combattante des premières heures de la lutte pour l'indépendance du Cap-Vert), Madeleine Tchikaya (première femme énarque de Côte d'Ivoire, diplomate et ex-PDG) et Nicole Claire Ndoko (Présidente de la Fédération des juristes africaines et première femme camerounaise Docteur en Droit).
Côte d'Ivoire, Belgique, 2002
Propos de la productrice (Hanny Tchelley)
" En Afrique, la femme est depuis toujours l'élément qui soude la famille. Mère et épouse, elle a participé à tous les grands mouvements, les différentes mutations qui ont jalonné l'histoire du continent africain (la colonisation, la lutte pour les indépendances, le développement économique et culturel...)
Traditionnellement dépendante de l'homme, la femme africaine moderne se positionne de plus en plus comme un maillon important de l'évolution de notre continent. À travers Vies de femmes, un magazine de 6 x 26', nous voulons donner la parole à quelques-unes des femmes représentatives de l'Arique, elles exercent dans des domaines très variés: art, politique, affaires...
Toutes ont montré leur capacité à s'en sortir par leur travail et à se dépasser pour réaliser leurs ambitions. Ce sont des femmes de tête et de caractère qui, sans renier leur féminité, se sont affirmées dans leur communauté, leur pays, en Afrique et parfois dans le monde... Résolument tournées vers le futur, ces femmes porteuses de changements et d'espoirs sont un exemple. Le choix de confier la réalisation de ce magazine à des réalisatrices africaines confirmées s'explique par l'espoir d'un regard " féminin " saura mieux traduire l'hommage que nous voulons rendre à ces femmes d'exception qui marquent leur temps et dont la vie est source d'émulation pour les autres femmes du continent. "
Sous la pression de lectrices noires, Elle.fr retire un article de son site et présente ses excuses
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Il y a quelques jours, Elle.fr, le site web du célèbre magazine féminin Elle publiait un article intitulé Tendance: Black Fashion Power. Ce qui aurait pu être une louable initiative s'est rapidement transformé en fiasco car l'article s'est révélé bourré de clichés vis à vis des femmes noires, affirmant notamment que c'est grâce à (ou à cause de?) Michelle Obama que les femmes noires de la "black-geoisie" (sic) abandonnaient le streetwear pour un style plus chic... Sur les réseaux sociaux comme facebook ou sur divers sites féminins afro comme Afrosomething.com, les critiques sont arrivées de plus en plus nombreuses. De Rokhaya Diallo à Sonia Rolland en passant par Lauren Ekue ou Audrey Pulvar qui a publié un billet caustique sur le sujet, intitulé Y a bon Obamania, des personnalités de la communauté afro-caribéenne française n'ont pas manqué de réagir. Mercredi, la polémique avait commencé à traverser l'atlantique puisque le site web du New York Mag avait traité le sujet en titrant : "un autre magazine de mode européen fait des généralisations inconfortables sur le "style black". Le Huffington Post a également abordé le sujet via un article. Devant les dégâts risquant d'être causés pour l'image du magazine, la directrice de publication du magazine Elle, Valerie Toranian a finalement fait retirer l'article du site, alors qu'elle avait initialement tenté de minimiser l'affaire en disant que cet article avait été "pris à parti parcertains internautes". Extrait de l'article publié par elle.frUn extrait de l'article publié sur elle.fr Un extrait de la réaction de Valerie Toranian, directrice de publication de ''Elle''Un extrait de l'article publié sur elle.fr | ||||||||||
| Lu sur grioo.com | ||||||||||
A quand une femme noire en couverture de "Elle" ?
Point de vue | LEMONDE.FR | 31.01.12 | 09h37 • Mis à jour le 31.01.12 | 18h44
par Sonia Rolland, Audrey Pulvar, China Moses, etc...
C'est le magazine Elle qui nous l'apprend : en matière de mode, en 2012, "la ‘black-geoisie' a intégré tous les codes blancs..". D'ailleurs, "le chic est devenu une option plausible pour une communauté jusque là arrimée à ses codes streetwear." Eh oui, tandis que durant des décennies les Noirs se sont habillés comme des "cailleras" à capuche, ils ont enfin compris, grâce à l'enseignement des Blancs, qu'il convenait de faire plus attention à leur apparence. Voilà la teneur d'un article paru le 13 janvier dans l'hebdomadaire préféré des ménagères de la "white-geoisie" (puisqu'apparemment il faut désormais distinguer les bourgeois eux aussi racialement), intitulé "Black fashion power", tentant d'analyser les raisons du succès sur les red carpets de personnalités afro-américaines.
Et c'est simple : si les Noirs sont enfin chics, c'est parce qu'ils ont désormais une icône digne de ce nom, Michelle Obama, qui donne le ton en "revisitant en mode jazzy le vestiaire de Jacky O." Oui, car toute première dame qu'elle soit, Michelle Obama elle-même n'a pu s'inspirer que d'un modèle blanc ; et comme elle a le rythme dans la peau, elle y ajoute une touche jazz, normal.
Mais attention, les Noires n'ont pas intégré ces codes "de manière littérale. C'est toujours classique avec un twist, bourgeois avec une référence ethnique (un boubou en wax, un collier coquillage, une créole de rappeur…) qui rappelle les racines." N'avez-vous pas remarqué l'os que Halle Berry arbore fièrement dans son nez ? Ne voyez-vous pas à quel point Rama Yade aime rappeler ses exotiques "origines" en se drapant dans un pagne léopard avant de prononcer ses discours ?
Il serait temps que les rédactrices de Elle s'aventurent hors de leurs bureaux vitrés du quartier d'affaires de Levallois-Perret afin de se mêler à la population, ce qui leur permettrait de voir à quoi ressemblent les Noirs et comment ils s'habillent en vrai. Il serait également temps de se rendre compte que des femmes noires, il y en a aussi en France, qu'elles ne vivent pas toutes aux Etats-Unis et ne sont pas toutes stars de la chanson, du cinéma ou du sport. Pourquoi ramener toute femme noire élégante à Michelle Obama, et pourquoi toujours comparer à Barack Obama Omar Sy dans le film Intouchables - et avec lui beaucoup de Noirs élégants en France -, dès lors qu'il passe du jean-basket au costume noir-chemise blanche ? A défaut de fréquenter des Noirs, la consultation de la presse de ces dernières années suffit pourtant à constater qu'il y a même eu des femmes noires au gouvernement, à l'Assemblée Nationale, à la présentation de journaux télévisés et au cinéma !
Enfin, un peu de recherche et de bon sens nous aurait épargné l'affirmation selon laquelle "pour la communauté afro, le vêtement est devenu une arme politique", dépréciant par là la véritable et douloureuse histoire des combats des minorités noires en faisant de la moindre starlette bien habillée la porte-parole de cette lutte. Quant aux Noirs qui ne font pas de politique, on se demande s'ils se promènent nus…
Tout cela aurait pu n'être qu'une banale affaire d'inculture et d'ignorance vite oubliée, si le magazine avait daigné répondre aux nombreuses protestations de lectrices et lecteurs choqués par l'article. Car c'est sa publication sur le site web du magazine qui déclenche une vague d'indignation sur les réseaux sociaux, les blogs mode (AfroSomething, BlackBeautyBag, ThaCrunch et TiModElle) - grâce auxquels l'affaire traverse l'Atlantique - et même sur Elle.fr, où en quelques jours plus de mille commentaires réclamant des explications ou des excuses sont postés. Réponse de la rédaction : aucune. Jusqu'à ce que le 24 janvier, Valérie Toranian, directrice de la rédaction, se fende d'un petit commentaire dont il ressort en substance que les "indignés" n'ont rien compris à l'article. Nouvelle vague de protestations, aboutissant finalement à la suppression pure et simple de l'article. Mais le mal est fait. Jeudi matin, sur France Inter, Audrey Pulvar dénonce le papier dans un édito intitulé "Y a bon Obamania", avant d'être invitée vendredi soir dans le Grand Journal de Canal+ pour débattre face à Valérie Toranian. Si la directrice de la rédaction y exprime des regrets, elle maintient sa position et persiste en affirmant avoir voulu être "bienveillante" avec les Noirs. En d'autres mots, si les propos sont offensants, les intentions étaient bonnes, alors pourquoi se plaindre ? Les Noirs, hommes ou femmes, n'ont pas besoin de bienveillance, mais d'égalité. Or cette affaire est un révélateur : l'article est le symptôme médiatique d'une exclusion à la fois culturelle et sociale.
Puisque le débat a été lancé, poursuivons-le. Nous aimerions ici suggérer aux salariés de Elle d'essayer d'ouvrir leurs horizons. Puisque la tendance est à la "black fashion", pourquoi ne pas y adhérer en recrutant par exemple plus de rédactrices noires ? Et pourquoi pas, soyons fous, choisir une femme noire pour poser sur la couverture du magazine? Juste une fois, pour voir ? Deux millions de femmes noires en France, qui dépensent sept fois plus d'argent dans les cosmétiques que leurs congénères blanches, et dont le pouvoir d'achat grandissant constitue un marché en expansion pour les produits de beauté et de mode, est-ce si négligeable? Car ce "racisme structurel" de notre société, dont parle si bien Valérie Toranian sur les plateaux de télévision, est aussi alimenté par l'absence des femmes noires à la Une des titres de presse féminine : en près de 70 ans d'existence, Elle n'a daigné accorder sa couverture qu'à une poignée de femmes noires. Pourquoi la bienveillance du magazine envers les "black-geoises" se limiterait-elle à un dossier spécial chaque année bissextile ? Quand celles-ci auront-elles droit de cité dans les pages du magazine sans se voir affublées de qualificatifs grotesques ? C'est sur ce sujet que nous aurions aimé l'entendre l'autre soir et que nous l'attendons désormais.
Premiers signataires : Sonia Rolland (comédienne), Rokhaya Diallo (éditorialiste et militante), Fred Royer (créateur de la cérémonie des Gérard), Audrey Pulvar (journaliste), Léonora Miano (écrivaine), China Moses (chanteuse et présentatrice TV), Mokobé (rappeur), Jalil Lespert (comédien et réalisateur), Aïssa Maïga (comédienne), Kareen Guiock (journaliste), Eric Fassin (sociologue, ENS), Disiz (chanteur), Marc Cheb Sun (fondateur de Respect Mag), Anastasie Tudieshe (journaliste), Noémie Lenoir (mannequin), Clémentine Autain (directrice de la revue Regards), Olivier Laouchez (président de Trace TV), Jean-Benoît Gillig (producteur), DJ Pone (compositeur), Pap Ndiaye (historien, EHESS).
Ainsi que : Serge Toubiana, Charles Tesson (délégué général de la semaine de la critique du Festival de Cannes), Doryla Calmec (comédienne), Julius E. Coles (directeur du Morehouse College à Atlanta), Hélène Geran (comédienne), Josiane Cueff (CMAC Martinique), Vincent Malausa (les Cahiers du cinéma), Mylène Marie-Rose (chroniqueuse cinéma), Thomas Le moine (réalisateur), Osange Silou Kieffer, b(FEMI Guadeloupe), Marie-Christine Duval (agence Comecla), Harry Roselmack (journaliste) ; Lucien Jean-Baptiste (acteur et réalisateur) ; Dominique Sopo (président de SOS Racisme) ; Cathy Thiam (journaliste).
Mmes Pulvar, Rolland et consorts, lisez-donc Amina ou Miss Ebène ! Ahouansou Séyivé
2 février 2012
A fréquences plus ou moins rapprochées, le microcosme people noir, glamour et parisien est parcouru de terribles secousses annonçant un soulèvement qui n’arrive jamais (malheureusement). Les prises de paroles enflammées se succèdent dans les médias dominants, qui stratégiquement accueillent dans leurs studios ou sur leurs plateaux, les trop rares porte-voix d’une communauté noire en manque de repère.
Ceux-ci ont alors la possibilité de s’exprimer, « librement », sur le sujet menaçant de déclencher la révolte tant de fois annoncée (mais qui ne vient toujours pas), et de procéder sans langue de bois à une remise en question, éminemment superficielle, d’une société française structurellement raciste.
S’ensuit selon les usages un appel à signer la pétition qui changera la situation d’une minorité, qui bien que colorée demeure invisible dans bien des secteurs d’activité (syndrome Harry Roselmack). Parfois restant entre gens de bonnes conditions, la pétition demeurera « privée », réservée à quelques happy few, dont les noms apparaîtront bien en évidence sur le support attestant de l’existence de l’initiative hype, mais citoyenne...
ELLE est comme Guerlain...
En novembre 2010, ce furent les propos énoncés par un papy gâteux et raciste, sur le plateau du journal de France2, présenté par une Elise Lucet bon public et hilare, qui mirent le feu aux poudres.(Voir ici)
L’indignation qui en découla fut à la mesure du caractère offensant de la répartie de Guerlain. Elle choqua et blessa la communauté noire dans son ensemble, elle choqua et blessa une très petite partie de la France prise dans sa totalité.
Chacun y allât de sa petite phrase parmi les opinions maker et les people noirs, plusieurs rassemblements furent organisés sur les Champs Elysées, on jurât ses grands dieux de ne plus jamais acheter Habit-rouge ou Samsara !
L’enseigne Guerlain, elle, fut indemnisée par son assurance, pour le manque à gagner occasionné par la présence dissuasive de noirs plus ou moins énervés, empêchant l’accès à la boutique.
La mobilisation, nécessaire, ne débouchât sur rien de tangible, mais permis à beaucoup de prendre conscience que le ras-le-bol du racisme structurel français était partagé par l’ensemble des citoyens à peau noire et qu’il avait été décidé de ne plus jamais être silencieux.
Plus jamais ça ! Serment fut prêté : c’était la dernière fois que l’on tolèrerait de tels écarts de langage.
La dernière, avant la prochaine…
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| Michelle Obama |
Surprise, le 13 janvier 2012, le magazine ELLE, petit livre vert (dollar et euro) de la mode branchouille parigo-parisienne, guide de la fashion victim ayant échappée aux affres de la récession sarkozienne, se fend d’un article d’une portée ethnico-philosophique de haute volée sur les progrès accomplis par les femmes noires, se dirigeant en ligne droite vers l’eldorado de l’uniformisation vestimentaire et du consumérisme imbécile.
Oubliant qu’il existait des femmes noires en France (Eh oui, et pas qu’à Paris !), la rédactrice de l’article pris pour mètre-étalon, les people afro-américaines et la première d’entre elle, Michelle O (Obama et non Onassis).
La femme de prix Nobel se voit décrite comme la grande prêtresse de la bien-sapance noire. Compilant clichés et affirmations borderline : "la ‘black-geoisie' a intégré tous les codes blancs.."… "Le chic est devenu une option plausible pour une communauté jusque-là arrimée à ses codes streetwear."… "C'est toujours classique avec un twist, bourgeois avec une référence ethnique (un boubou en wax, un collier coquillage, une créole de rappeur…", le papier affiche une tenue et un niveau conceptuel que d’aucuns décriront comme affligeants.
En valait-ELLE la peine ?
En toute honnêteté, ce texte prête plus le flanc au mépris qu’à la vindicte, la lecture de la presse française regorgeant quasi-quotidiennement de propos de cet acabit. Ainsi le 29 janvier, l’amateur de ballon rond pouvait consulter, sur le site francefootball.fr, cet article "Rolland de Niamey" (tout un programme) du journaliste Frank Simon.
Voici après la journaliste de ELLE, une autre plume d’excellence, jugez-en par vous-même : « Pour le fun, on aurait aimé voir « coach Rolland » sur le moyen terme, travailler en profondeur plutôt que de se contenter d’un « one shot » sans lendemain. On a même cru qu’il s’enticherait, comme tant d’autres avant lui, du continent africain, de ses mystères et de ses gens si attachants ». Bizarrement, la nature discriminante aux relents coloniaux de ces propos ne fera pas de bruit, le site ne devant pas être connu de la black-geoisie people...
Ce qui n’est pas le cas du magazine ELLE, dont l’article va faire le tour de la blogosphère, en soulevant son quota d’indignations sincères (et feintes) comme le doit tout bon sujet portant à polémique. Audrey Pulvar va immédiatement faire entendre haut et fort les voix de ces black-geoises, qui n’acceptent certainement pas d’être ravalées au rang d’une Michelle Obama du pauvre, stigmatisées comme fashion victims venant juste de descendre de l’arbre et ne saisissant pas toute la finesse des dress-codes de la mode made in Occident.
La passe d’armes aura lieu en deux temps, tout d’abord à travers un édito lu par Audrey Pulvar sur France Inter, le Jeudi 25 janvier au matin, et par la suite à l’occasion d’un face à face avec Valérie Toranian, directrice de la rédaction de ELLE, le vendredi 26 janvier 2012, sur le plateau du Grand Journal de Canal +. Valérie Toranian, repoussant les limites de la mauvaise foi et de la stupidité, soutiendra qu’elle n’avait que de bonnes intentions, que ce papier, s’il a pu être perçu comme offensant, avait été rédigé avec les meilleures intentions du monde. Un cri d’amour à la femme noire en somme, rempli des mêmes bonnes intentions dont les enfers sont pavés…
Le comportement de Mme Toranian n’est ni décevant, ni même étonnant, il n’est que l’une des traductions tangibles du racisme structurel (nous utilisons cette expression à dessein) dont souffre la société française. Il est tout à fait normal, voire salutaire, de s’opposer et de châtier avec la plus grande fermeté la parole raciste, et le cas échéant, engager sans hésiter des poursuites pénales si les conditions sont remplies d’un point de vue légal.
Néanmoins, est-ce une raison suffisante pour perdre tout sens du réel et faire preuve de si peu de perspicacité ?
Dans une tribune signée en quasi-totalité par des black-geois people, sont posées des questions des plus dérisoires et qui ne lassent pas d’étonner. (Voir ici.) Le titre : « A quand une femme noire en couverture de ELLE ? », est le symbole de l’égarement qui saisit les élites noires lorsqu’il s’agit d’œuvrer avec justesse et dans le sens de l’affirmation du citoyen à peau noire, au niveau des différentes strates de la société française.
Absurdité et confusion...
Au risque de recevoir une volée de bois vert de la part de la bien-pensance black-geoise, les noirs de France ont d’autres problèmes bien plus cruciaux à traiter avant que de lutter pour une inutile place en couverture de ELLE !
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| Elle ! |
La confusion de la ligne revendicative se retrouve dans l’ordre même des doléances exprimées dans le texte : « …pourquoi ne pas y adhérer en recrutant par exemple plus de rédactrices noires ? Et pourquoi pas, soyons fous, choisir une femme noire pour poser sur la couverture du magazine ? Juste une fois, pour voir ? Deux millions de femmes noires en France, qui dépensent sept fois plus d'argent dans les cosmétiques que leurs congénères blanches, et dont le pouvoir d'achat grandissant constitue un marché en expansion pour les produits de beauté et de mode, est-ce si négligeable ? ».
Il en ressort qu’il est plus fou, donc plus fort, d'un point de vue symbolique de voir un modèle noir, posant en première page du magazine que de savoir des collaboratrices noires au sein de la rédaction.
De quoi parlons ici, que devons-nous comprendre ? Selon la black-geoisie, le graal, l’ultime marque d’acceptation de la femme noire serait de devenir une adepte du consumérisme imposé dans les pages de ELLE ? Ce raisonnement absurde est d’autant plus évident que la tribune indique, chiffre à l’appui que les femmes à peau noire sont des clientes comme les autres, voire même de meilleures, puisqu’elles dépensent sept fois plus en produits cosmétiques (pour la plupart d’ailleurs inadaptés aux peaux noires et symbolisant les complexes frappant une majorité de femmes noires. Rajouts de vrais ou faux cheveux lisses, produits éclaircissants etc...).
Ainsi pour valoriser la femme noire, et lui faire sauter le pas définitif vers son intégration pleine et entière à la communauté française, sont avancés les éléments réflexifs qui la cantonnent au rôle ingrat et peu valorisant de simple consommatrice !
Pauvreté de la pensée revendicative et de l’argumentation qui s’y rattache !
En exposant comme moyen principal pour la femme noire (et la communauté noire par extension) la consommation à outrance comme preuve d’intégration à la communauté nationale, les auteurs de cette tribune ont fait un amalgame détestable entre l’appartenance à la communauté nationale et le statut de consommateur, entre citoyenneté et consumérisme. Quelle preuve de reconnaissance sociale la chosification de la femme emporte-t-elle ?
En clair, être en couverture d’un magazine comme ELLE, qui est à l’émancipation de la femme ce qu’est la possibilité de poser nue en couverture de Hot Vidéo, n’est qu’une vue de l’esprit, surtout lorsqu’on considère que la femme y est avant tout perçue comme consommatrice potentielle et non comme femme…
D’ailleurs qu’en est-il des femmes ne consommant pas ou très peu ? N’entrent-elles pas en ligne de compte ? L’absurdité poussée à son paroxysme : il faut donc payer et consommer pour être acceptée et démontrer son appartenance, l’homme noir qui reste marqué à des degrés divers par l’épisode dramatique de l’esclavage doit-il accepter de repasser par la case « marchandisation » pour être ?
Les revendications affichées dans cette tribune sont, aux mieux ridicules, au pire insultantes car vectrices d’aliénation. De plus, lire ELLE ou y figurer revêt-il un caractère obligatoire ou sacré ?
Vous n'avez pas besoin d'ELLE...
N’y aurait-il pas, à tout hasard, une presse spécialisée dans les soins nécessaires à la beauté noire ? N’est-il pas plus logique et simple de soutenir la presse communautaire, mieux à même d’apporter conseils et références utiles à toute femme noire en quête de réponses quant aux cosmétiques et tendances de la mode qui lui correspondent ?
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| Audrey Pulvar |
Mmes Pulvar, Rolland et consorts, lisez-donc Amina ou Miss Ebène ! Vous y trouverez des modèles noires en couverture ! Les conseils dispensés pour votre beauté et bien-être émaneront de journalistes, rédactrices et spécialistes en tous domaines qui seront à même de vous éclairer utilement, tout simplement parce qu’elles connaissent la nature véritable de vos problèmes de peau ou capillaires ! Il ne s’agit ici que de bon sens, de plus la rédaction de ELLE a encore le droit de décider qui elle souhaite mettre en couverture et ne pas accepter de suivre à la lettre la bien-pensance made in Canal+. La question des rédactrices noires est tout autre, il relève de l’arsenal législatif en matière de lutte contre les discriminations dans la branche du droit du travail, que les juridictions compétentes n’usent qu’avec trop de parcimonie.
Nous voyons dans cette poussée revendicative le désir d’une élite qui ne souhaite inconsciemment individuée comme noire, car au terme noir restent accolés pléthores de concepts et idées péjoratifs. Malheureusement ce ne sont pas des retouches cosmétiques qui feront évoluer l’image de la femme noire dans la société française, ni la fuite en avant vers plus de consommation. Loin de nous l’idée de dénier le droit de tout un chacun de manifester son mécontentement lorsque confronté au racisme, mais il faut garder le sens de la mesure et peser le pour et le contre de ce qu’on avance. Troquer son statut de minorité visible (ou invisible cela dépend du moment) contre un statut d’esclave du matérialisme est tout sauf une victoire, tout sauf une libération ou un progrès. Tout au contraire ce n’est que l’ajout d’une aliénation qui se superpose à une autre.
Palindrome...
Il serait plus judicieux d’intervenir avec méthode, éviter de multiplier les réactions épidermiques, propices à créer un « buzz », mais sans réel effet au niveau des rapports de forces traversant la société française. La position des noirs de France est-elle si idyllique que soit justifiée le combat pour la couverture d’un magazine, par ailleurs emblématique de la société, dénuée de spiritualité, mais dévouée à la futilité, dans laquelle nous évoluons ?
Lorsque l’on a accès aux médias, il est des causes plus sérieuses à défendre. Le jeudi 19 janvier, le Tribunal Correctionnel de Paris a condamné à 60.000 euros d'amende et environ 700.000 euros de dommages et intérêts, une association et une entreprise en bâtiment, pour l'incendie d'un immeuble vétuste boulevard Vincent-Auriol, à Paris, en 2005 qui avait causé la mort de 17 personnes , dont 14 enfants tous noirs, faut-il le préciser. Ce jugement inique, rendu 6 ans après les faits, sans qu’aucun responsable direct de cet incendie criminel n’ai été condamné, aurait mérité une indignation de nos croisés people de la fierté noire.(Voir ici.)
Mais la black-geoisie, toute à ses intérêts de classe, choisit soigneusement ses causes, certaines valent plus la peine que d’autres, sont moins télégéniques que d’autres.
Et après tout, que valent les vies de 14 enfants, que vaut la souffrance de leurs familles ?
Qu’on soit blanc-geois, black-geois ou beur-geois, la consommation et le narcissisme érigés en tant que dogmes brouillent les grilles de lecture, dans une inversion symbolique de notre système de valeurs, le futile prend la place de l’essentiel, la pensée de classe sur le bien commun, l’objet sur le consommateur.
L'ironie évidente dans la symbolique de toute cette factice levée de bouclier semble contenue dans le nom même du magazine ELLE : un palindrome.
Tout comme le palindrome, un mot ou une phrase qui se lit dans les deux sens, le magazine ELLE se fond tout naturellement dans le cadre évanescent du monde factice et d'apparence qu'il décrit et dans lequel il se situe en étant vecteur de l'inversion des valeurs.
Il est le contraire de ce qu'il prétend être, ainsi que ceux ou celles qui ont fustigé sa ligne éditoriale et tout comme leurs principes affichés...
Ahouansou Séyivé
(1) http://alternativesetcoherence.blogspot.com/2010/10/un-peu-dhumour-noir.html
(2) http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/31/a-quand-une-femme-noire-en-couverture-de-elle_1636689_3232.html#xtor=AL-32280270
(3) http://www.francesoir.fr/actualite/faits-divers/incendie-bd-vincent-auriol-un-verdict-mal-accueilli-175870.html
Source : cameroonvoice